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Béglé Claude · Nationalrat · 2017-03-15

Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2017-03-15

Wortprotokoll

Permettez-moi de vous présenter le postulat que j'ai déposé l'automne dernier, qui porte sur l'utilité de mettre en place un système de parrainage pour promouvoir une intégration réussie des réfugiés. De quoi s'agit-il?

Il s'agit tout simplement de faire appel à la société civile pour qu'elle contribue à l'acclimatation des réfugiés ayant officiellement obtenu l'asile, soit le droit de rester chez nous. Il s'agit donc bel et bien de personnes dont il a été décidé qu'elles pouvaient rester chez nous. L'ensemble de notre société a dès lors intérêt à ce que ces gens soient le plus vite et le mieux possible intégrés. S'ils le sont, ils pourront contribuer d'une façon ou d'une autre à la prospérité de notre pays. Et ils auront en retour une auto-estime suffisante pour participer à la vie de nos communautés. En revanche, dans le cas contraire, ils se retrouveront à l'aide sociale, ceci aux frais du contribuable suisse, et ils risquent de mener une existence de frustrés, avec tous les risques que cela implique.

Or les statistiques indiquent que, jusqu'à présent, environ 80 pour cent des réfugiés sont encore à l'aide sociale trois ans après avoir officiellement reçu le statut définitif de réfugié, donc encore davantage qu'à leur arrivée. Pire, c'est le cas d'un refugié sur deux au bout de dix ans! Il s'agit donc d'un véritable problème. Cela peut se comprendre quand on prend en considération tout ce que certains réfugiés ont dû endurer. Ce sont souvent des personnes qui ont perdu une partie de leurs proches, peut-être leur logement, leur travail, l'essentiel de ce qui faisait leur vie. Beaucoup d'entre eux arrivent ici complètement déracinés, parfois malades ou psychiquement marqués par ce qu'ils ont enduré. Ils ont donc parfois de la peine à se reconstruire. Nos moeurs sont différentes, nos institutions pas simples à comprendre pour un nouveau venu, et le niveau de formation requis pour pouvoir travailler ici est bien supérieur à ce dont ils avaient l'habitude. Une certaine indulgence est donc de mise par rapport à de tels parcours.

Certains de nos collègues diront, certes, qu'il n'est pas judicieux de faire trop d'efforts pour faciliter l'intégration des réfugiés, dans la mesure où leur statut est par nature provisoire, à savoir limité dans le temps, jusqu'à ce que soient réunies les conditions leurs permettant de rentrer chez eux. Tel est en effet ce que disent les textes. Mais la réalité est différente, car la plupart des réfugiés le sont dans les faits pour une longue durée. Rappelons-nous que, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, deux tiers des réfugiés à travers le monde le sont en situation prolongée, c'est-à-dire entre cinq et vingt ans. Il est rare que les circonstances ayant provoqué leur départ se dissipent à court terme. Ensuite, il faut compter des années pour reconstruire l'infrastructure détruite par la guerre, comme ce sera le cas en Syrie par exemple.

Il n'est en revanche pas envisageable d'accepter ce statu quo avec un pourcentage aussi élevé d'assistés vivant de l'aide sociale. Il faut donc absolument faire quelque chose pour favoriser l'intégration des réfugiés.

Je vois trois niveaux:

1. On est en mesure d'attendre des requérants d'asile en général, plus particulièrement des personnes ayant obtenu le statut définitif de réfugié, qu'elles fassent les efforts [PAGE 461] nécessaires pour essayer de s'adapter à notre manière de vivre, à nos institutions économiques et sociales et, surtout, qu'elles entreprennent tout ce qui est possible pour se mettre au travail. Certes, pour commencer, cela implique d'apprendre une des langues de notre pays, de suivre un apprentissage professionnel, puis, de trouver une place de travail, ce qui n'est pas toujours évident pour certains réfugiés.

2. Il est du devoir de la Confédération et des cantons, parce que c'est une responsabilité partagée, de mettre à disposition des réfugiés reconnus comme tels, les moyens nécessaires à leur subsistance et, autant que possible, à leur intégration parmi nous. Certes, cela représente un coût élevé. Le montant de 18 000 francs par personne et par an articulé ces derniers jours me paraît plausible. Mais si on n'y consent pas, le coût total in fine risque d'être encore plus élevé. Il incombe donc aux cantons, avec un soutien partiel de la Confédération, de couvrir les dépenses de logement, d'alimentation et autres des réfugiés installés sur notre territoire.

3. C'est précisément à ce niveau que la société civile peut venir en renfort. On pourrait imaginer qu'un particulier, qu'un groupe de particuliers parraine un réfugié. Cela supposerait de consacrer du temps à cette personne pour l'accueillir dans son cercle d'amis, pour lui expliquer les coutumes suisses, pour la guider dans nos codes sociaux, pour la conseiller et l'accompagner dans ses démarches. Il pourrait aussi s'agir de la recommander à des amis en vue d'un poste de stage, d'apprentissage. Ce parrainage pourrait aussi comprendre une partie financière pour permettre par exemple à certains réfugiés de suivre des études ou bien d'acquérir certains types d'équipements professionnels. Une forme juridique permettrait de contractualiser de manière officielle l'engagement mutuel et donc de le renforcer. Le parrain s'engagerait pour une durée minimale d'un an, par exemple. Quant au réfugié, il s'engagerait à faire de son mieux.

Certains cantons ont déjà commencé à mettre en oeuvre des approches semblables, souvent avec le soutien des Eglises. Le but de ce postulat serait d'analyser ce qui se fait déjà, de favoriser l'échange entre tous des meilleures pratiques en la matière, d'analyser quelles nouvelles initiatives pourraient venir renforcer le dispositif existant et favoriser l'intégration harmonieuse des réfugiés, en recourant à l'appui de ces gens de bonne volonté, ces fameux parrains.