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Mazzone Lisa · Nationalrat · 2017-06-08

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2017-06-08

Wortprotokoll

La question que l'on doit se poser aujourd'hui est de savoir pourquoi la Suisse est présente au Kosovo et si l'engagement militaire est le plus à même de répondre aux missions que l'on a confiées à la Suisse dans son engagement au Kosovo. Il me semble que deux raisons principales justifient un engagement. La première, c'est le traumatisme de la guerre du Kosovo à la fin des années 1990 et une volonté - que les Verts partagent - de participer au processus de rétablissement d'une paix durable. La seconde, ce sont les liens étroits qui nous lient au Kosovo, puisque 10 pour cent des Kosovars habitent en Suisse, une Suisse qui est parmi les premiers pays à avoir reconnu l'indépendance du Kosovo.

Pour ces deux raisons, le groupe des Verts est très attaché à la présence de la Suisse au Kosovo et estime que la Suisse doit continuer à s'y engager. Mais la question est: sous quelle forme cet engagement doit-il être poursuivi? Pour les Verts, il est plus que temps d'effectuer un transfert de l'engagement militaire à un engagement civil. Je tiens à dire en préambule que cela n'a rien à voir avec la qualité du travail accompli par les militaires, que nous reconnaissons et que nous avons su apprécier lors de la visite organisée sur place.

Mais, sur le fond, il se pose d'abord une question de principe. Les Verts sont fondamentalement opposés aux engagements militaires à l'étranger. Nous considérons que l'on ne construit pas la paix avec l'armée et, aussi, que l'engagement militaire relève par essence d'une mise sous tutelle paternaliste. Sur le fond toujours, la coopération militaire est problématique du point de vue de la neutralité de la Suisse. Coopérer avec l'OTAN, c'est déjà renier un bout de notre neutralité.

Pour les Verts, l'objectif est de renforcer les capacités de la population locale à vivre de manière apaisée et autonome. Nous devons l'aider à s'émanciper des structures internationales et l'objectif est d'accompagner ces acteurs pour qu'ils puissent fonctionner par eux-mêmes. Or, une présence militaire se substitue aux acteurs locaux pour assurer la sécurité. Cette prise en charge par les forces internationales relève justement d'une prise en charge des tâches régaliennes, qui devraient revenir à un Etat indépendant si l'on reconnaît son indépendance.

Par conséquent, cette présence militaire dans la durée est problématique. L'enjeu est donc d'opérer la transition du militaire vers le civil, de l'engagement de l'armée à une coopération au développement. C'est une transition entre une situation d'urgence, durant laquelle cette prise en charge ou cette [PAGE 966] mise sous tutelle est éventuellement indispensable et un travail de coopération par lequel on cherche à donner au pays et à sa population les moyens de leur indépendance. C'est un passage de témoin.

Cela fait près de vingt ans que la KFOR est présente au Kosovo et près de dix ans que le pays a déclaré son indépendance. La situation sécuritaire, cela a été dit, a évolué. On le lit dans le message du Conseil fédéral: ces dernières années, aucun incident majeur ne s'est produit et il n'existe pas de véritable menace militaire. Les regains de tension sont en effet ponctuels. En revanche, ce qui est préoccupant, et qui devrait nous préoccuper pour la stabilité du pays, c'est sa situation économique et institutionnelle. Avec un taux de chômage officiel de 35 pour cent et un tiers des habitants se situant au-dessous du seuil de pauvreté, on peut bien imaginer que les tensions sont fréquentes, ce qui pousse d'ailleurs les gens à partir - on a constaté l'exode de 30 000 à 50 000 Kosovars lors de l'hiver 2014/15. Le pays est aussi confronté à l'instabilité de ses institutions étatiques et judiciaires, à la corruption, au crime organisé; tout cela ne permet pas un développement des investissements, pour lesquels une stabilité est nécessaire.

Aujourd'hui, quels sont les besoins sur place? Tout d'abord, un renforcement des entités démocratiques et des institutions judiciaires ainsi qu'une coopération au développement économique. Ce sont des clés pour pouvoir offrir à ce pays des perspectives, et c'est ce que nous souhaitons faire.

Il convient de rappeler que la KFOR n'assume pas des tâches exclusivement militaires, mais qu'elle oriente toujours plus son mandat vers une réduction des troupes de combat et un développement des équipes de détection précoce chargées de se renseigner auprès de la population. En outre, les prévisions font état d'une réduction de 40 pour cent des effectifs de la KFOR d'ici à 2020.

Pour les Verts, le maintien de l'ordre devrait être assuré par les autorités civiles locales, à savoir la police kosovare, qui dispose d'une formation suffisante et comprend en son sein une minorité serbe. On doit s'engager afin d'augmenter sa reconnaissance au sein de la population.

Autre problème structurel qu'il s'agit de relever: l'Union européenne ne reconnaît pas le Kosovo comme pays indépendant à ce stade, donc l'OTAN ne le reconnaît pas non plus. On est censé aider un pays à acquérir et à maintenir son indépendance avec des structures mises en place par des institutions qui ne la reconnaissent pas, ce qui est problématique.

C'est pour toutes ces raisons que le groupe des Verts vous invite à accepter cette proposition de minorité, qui vise à mettre fin à la présence militaire et à transférer, d'ici à 2020, les montants alloués à l'engagement militaire vers des projets civils de coopération au développement. C'est une opportunité de soutenir l'indépendance du Kosovo, de poursuivre notre rôle de pionniers, comme Suisse en tant que pays qui a reconnu l'indépendance du Kosovo, et de transférer aux civils, aux acteurs locaux, la capacité d'assurer leur propre paix et leur indépendance.

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