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Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2017-06-08

Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2017-06-08

Wortprotokoll

Tolérer les véganes, c'est un luxe que seule une armée en temps de paix peut se payer. Il n'y a pas une armée au monde dont les troupes sont véritablement engagées qui peut se permettre une telle entorse aux contraintes de la vie en commun, consubstantielles à toute armée, quelle qu'elle soit.

Il n'y a pas non plus un pays qui, comme le nôtre, tient à garder une armée efficace et crédible qui peut accepter, comme cela a été le cas dans l'affaire étant le point de départ de ma motion, de se faire ridiculiser par un idéologue qui se vante jusque et y compris dans la presse étrangère d'avoir fait plier l'armée suisse, rien que ça! Les militaires qui ont eu à traiter ce cas l'avaient d'ailleurs bien compris - et c'est heureux - avant d'être malheureusement désavoués par un tribunal.

Le véganisme, contrairement à ce que le Conseil fédéral laisse entendre, ce n'est pas juste une habitude alimentaire, c'est une véritable idéologie, une idéologie prosélyte d'ailleurs. J'en veux pour preuve que ce soldat, qui a cru devoir se faire connaître urbi et orbi, s'est fixé explicitement pour objectif d'initier une transition consistant notamment à adapter la logistique militaire au véganisme. Le problème, c'est qu'après une décision judiciaire contestable, les militaires se retrouvent sans défense face à ce genre d'idéologue.

J'aimerais donc dire que si, après de trop longues années durant lesquelles nous avons négligé notre armée, j'ai accepté avec la majorité des conseillers nationaux le projet de développement de l'armée, c'était dans l'idée qu'avec des moyens renforcés, quoique toujours largement insuffisants, nous puissions donner à notre armée les moyens de restaurer ses capacités opérationnelles. Ce n'est certainement pas pour la laisser se faire ridiculiser jusqu'à l'étranger.

Le Conseil fédéral craint qu'en refusant l'incorporation des véganes dans notre armée, nous ouvrions une sorte de boîte de Pandore, qui permettrait à trop de citoyens d'échapper au service militaire. Ce n'est évidemment pas mon objectif. Je ne veux pas non plus qu'un éventuel rejet de ma motion puisse être interprété comme une manière de légitimer une forme de tolérance à l'égard des véganes dans notre armée. C'est pourquoi je la retire.

Peut-être que ce que je propose n'est pas le bon moyen - ni surtout peut-être le meilleur - de régler ce problème, qui pourrait bien devenir plus aigu à l'avenir. Mais peut-être aussi que ma motion pourra servir à envoyer un signal. Nous avons en effet le devoir de nous préoccuper d'une problématique qui avec d'autres concourt à saper les capacités opérationnelles de notre armée.

Un dernier mot si vous le permettez, au cours des plus de mille jours de service que j'ai eu l'honneur d'effectuer, il m'est arrivé, comme dans toute armée digne de ce nom, de devoir endurer certaines privations et en particulier d'avoir faim. Quand on a faim et qu'on doit faire des efforts, on mange. On mange ce qu'on a sous la main. Quand nos soldats véganes auront faim, que mangeront-ils donc? Et que pourrons-nous faire encore de ces soldats s'ils ne mangent pas comme les autres ce qu'ils ont sous la main?

Ayant posé ces questions, je retire donc ma motion, non sans demander au Conseil fédéral de tout faire, notamment dans ce domaine, pour éviter de laisser notre armée se transformer en une armée de temps de paix ou, si j'ose dire, de beau temps seulement.