Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2017-09-14
Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2017-09-14
Wortprotokoll
Le groupe des Verts vous demande de rejeter avec la plus grande fermeté l'initiative populaire "No Billag" et de ne lui opposer aucun contre-projet. Cette initiative doit en effet être dénoncée comme une attaque contre notre démocratie, contre les minorités linguistiques du pays et contre la culture.
"No Billag" est tout d'abord une attaque contre notre démocratie. En coupant les revenus de la SSR, l'initiative affaiblira considérablement l'infrastructure médiatique indispensable à la formation de l'opinion politique des citoyens de notre pays. Nous sommes toutes et tous très fiers de notre démocratie directe. Tous les trois mois, les citoyens suisses sont appelés aux urnes et prennent des décisions fondamentales pour l'avenir du pays. Ce beau système ne fonctionne cependant correctement qu'à certaines conditions: il dépend notamment de l'existence de médias de qualité, qui constituent un forum, un relais, un catalyseur du débat public.
Or, cette fonction essentielle est aujourd'hui menacée dans notre pays. La presse écrite est atteinte dans sa diversité et dans sa qualité, à la suite des contraintes de la numérisation, qui nécessitent un changement majeur de son modèle économique. Des publications de référence disparaissent et la réduction des moyens de celles qui subsistent en appauvrit les contenus, qui deviennent de plus en plus homogènes. Les publications sont possédées par un nombre de plus en plus réduit de sociétés, et des groupes d'intérêts en rachètent certaines au détriment de leur indépendance éditoriale.
C'est dans un tel contexte, qui constitue déjà un danger clair pour notre démocratie, que "No Billag" veut menacer encore le service public. La SSR est pourtant un maillon essentiel de l'infrastructure médiatique dont dépend notre démocratie. Elle est en effet tenue, comme organisation indépendante des intérêts politiques et économiques, de garantir une offre neutre et diversifiée, qui illustre de manière impartiale et équitable la variété des opinions politiques et des intérêts en tous genres. Sans une SSR forte, et alors que la situation des médias écrits est alarmante, le débat public suisse ne pourra tout simplement plus avoir lieu dans des conditions correctes, ce qui mettra en péril les fondements de notre démocratie.
L'initiative "No Billag" constitue par ailleurs une attaque contre les minorités, dont le respect est pourtant l'une des valeurs fondamentales de notre pays. Les prestations de la SSR, des stations radio dans les régions périphériques et des télévisions régionales sont particulièrement précieuses pour les minorités linguistiques. S'il est déjà difficile d'envisager le maintien d'une telle offre sans la redevance en Suisse alémanique, il est évident qu'elle ne serait en aucun cas viable dans des bassins de population aussi restreints que la Suisse romande ou le Tessin, qui génèrent [PAGE 1374] des coûts fixes élevés pour des possibilités de revenus comparativement faibles. C'est précisément un système de péréquation financière interne à la SSR qui a permis jusqu'ici de financer des offres de radio et de télévision complètes et de qualité dans ces régions.
L'initiative "No Billag" menace donc tout particulièrement la possibilité, pour les régions périphériques et les minorités linguistiques, d'être correctement informées, dans leur propre langue, sur l'actualité politique, économique et culturelle en général, mais aussi et surtout sur l'actualité de leur propre pays et de leur propre région. Aucune des chaînes de radio ou de télévision étrangères ne fournit ni ne fournira jamais ce type de prestations. Cette attaque contre les minorités est inacceptable et porte atteinte tant à nos valeurs qu'à la cohésion du pays.
Enfin, l'initiative "No Billag" constitue une attaque contre la culture et la formation. La SSR investit en effet chaque année plus de 300 millions de francs dans ces domaines, dont plus de 40 millions de francs dans le seul secteur du cinéma suisse. Plusieurs festivals, tels que la récente Schubertiade, de nombreux orchestres ou des manifestations littéraires, dont le Salon du livre de Genève, dépendent de ces soutiens. Nous avons besoin de ces productions et événements localement ancrés, qui offrent un accès direct à la culture à toutes et à tous. Le cinéma suisse nous apporte en outre un regard unique sur des questions qui nous concernent spécifiquement dans notre identité ou dans notre quotidien. Il nous montre également le monde depuis là où nous nous trouvons, car un regard est toujours incarné. Cette production ne sera remplacée par aucune autre et doit continuer à être soutenue. Pour cela, nous avons besoin d'un service public fort.
C'est donc au nom de notre démocratie, du respect des minorités et de l'accès à la culture que nous vous demandons tant de recommander le rejet de l'initiative " No Billag " que de refuser la proposition de contre-projet.