Amaudruz Céline · Nationalrat · 2017-09-19
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2017-09-19
Wortprotokoll
Le 9 février 2014, seule contre tous, l'Union démocratique du Centre obtenait la confiance du peuple et des cantons avec son initiative "contre l'immigration de masse". Le résultat fut certes serré, mais il était là: l'initiative était acceptée.
Dans un système de démocratie directe comme le nôtre, le principe consiste à solliciter la population, puis, après avoir recueilli son avis, à concrétiser son choix au niveau parlementaire. Cela, c'est ce qu'il se passerait dans un monde idéal, mais nous ne vivons pas dans un monde idéal. Au soir du scrutin déjà, les perdants se sont agités en vue de trouver une solution permettant d'oublier au plus vite le funeste jour et de balancer aux oubliettes un résultat aussi regrettable qu'inattendu.
Certains choisirent de lancer l'initiative dont nous débattons en vue de sortir d'une impasse qui n'était en fait qu'un horizon artificiel conçu par les déçus du vote du 9 février 2014, la souveraineté de la Suisse leur échappant au profit de l'allégeance à Bruxelles. Dans la même veine, mais d'une manière plus sournoise, les majorités du Parlement et du gouvernement choisirent, elles aussi, de ne pas tenir compte d'un mandat pourtant clair, pour lui préférer un texte de mise en oeuvre émasculé visant avant tout à complaire à Bruxelles. Il serait même possible que la Commission européenne ait été consultée lors de l'élaboration de ce tiède jus de chaussette, mais on n'ose y croire.
Ce qu'il faut retenir de la votation du 9 février 2014, c'est que la population suisse souhaite rester maîtresse de l'immigration qu'elle accueille. Le principe est limpide: nos concitoyens veulent une immigration correspondant à nos besoins, et non une immigration correspondant aux besoins de l'Union européenne. La Suisse ne doit pas être considérée comme le déversoir d'orage du chômage européen.
Les initiants ne l'entendent pas de cette oreille. Ils ont réuni le nombre de signatures nécessaires afin de consulter le peuple et les cantons une nouvelle fois, pensant que le Conseil fédéral aurait à coeur de suivre la volonté populaire.
Manifestement, ils ont sous-estimé la vassalité que beaucoup choisissent à l'égard de l'Union européenne.
Pour le groupe UDC, la démarche lancée par le comité d'initiative n'est rien de moins que le geste de quelques mauvais perdants vexés de ne pas avoir été suivis par cette populace qu'ils estiment devoir éclairer. La démocratie directe telle que nous la concevons permet néanmoins un tel mouvement d'humeur, et nous avons à nous y plier, tout comme nous aurions eu à nous plier au texte adopté le 9 février 2014. Hélas! entre l'application d'un texte et son esprit, entre le respect de la démocratie directe et son exégèse, il y a un fossé qui s'élargit régulièrement, au fil du temps, le monde politique se régalant des libertés qu'il s'octroie par rapport aux choix démocratiques.
Combattant depuis toujours notre perte de souveraineté par rapport à Bruxelles, notamment en matière d'immigration bien évidemment, nous avons choisi de lancer une initiative populaire visant à restaurer notre autorité pour ce qui concerne les personnes qui viennent s'établir chez nous. La population et les cantons nous ont soutenus, reconnaissant ainsi que la situation actuelle était loin d'être aussi confortable que la pensée dominante voulait bien nous le faire croire.
Nous estimons, confortés par l'appui populaire, que l'accord sur la libre circulation des personnes doit être dénoncé et non pas seulement soumis à quelque toilettage de façade qui maintiendrait l'essentiel, à savoir le fait que nous ne sommes plus libres de nos choix en matière de migration. Le reste n'est que verbiage.
Vous l'aurez compris, je vous invite ainsi à recommander le rejet de l'initiative populaire "Sortons de l'impasse! Renonçons à rétablir des contingents d'immigration", dont le but consiste à corriger un mouvement d'humeur populaire ponctuel, la population étant censée avoir repris ses esprits depuis et vouloir venir à résipiscence dans un acte de contrition qui consisterait à dire oui à l'initiative précitée. [PAGE 1453]
Je vous prie également de rejeter tout contre-projet. Evidemment, si vous deviez entrer en matière sur le fait d'opposer un contre-projet à l'initiative, alors je soutiendrais le contre-projet de la minorité III (Rutz Gregor), qui, à lui seul, permettrait en définitive d'éclaircir la situation par rapport à la libre circulation.
Je vous remercie de bien vouloir recommander le rejet de l'initiative RASA.