Page Pierre-André · Nationalrat · 2017-12-05
Page Pierre-André · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2017-12-05
Wortprotokoll
L'initiative d'Uniterre "pour la souveraineté alimentaire. L'agriculture nous concerne toutes et tous" allait dans la bonne direction. Au moment où elle a été lancée, la motivation des initiants était fondée. Entre-temps, nos concitoyens et le souverain ont largement plébiscité l'initiative de l'Union suisse des paysans, malheureusement modifiée par le Parlement. Mais elle a été largement soutenue par la population suisse, et nous devons nous battre pour la mise en application de cette initiative. Nous voyons déjà les problèmes auxquels nous serons confrontés par ce simple texte.
Je vais faire un petit retour dans le temps et un petit voyage du côté de Bulle, en pays fribourgeois, Monsieur le conseiller fédéral, et je vais vous rappeler votre visite au Salon suisse des goûts et terroirs, jeudi dernier, dans le chef-lieu gruérien. Je suis convaincu que vous avez pris plaisir à cette visite et que vous avez pu vous rendre compte de l'enthousiasme au travail et de la capacité d'innovation dont font preuve tous les acteurs de la chaîne alimentaire, des paysans producteurs aux artisans créant ou transformant nos produits.
Mais je vais aussi vous rappeler ce que vous avez déclaré: "Je suis ouvert au dialogue. Je suis prêt à discuter avec le moyen paysan. J'organise volontiers une table ronde." Nous aimerions aujourd'hui, tout simplement, que, devant notre chambre, vous nous confirmiez vos propos du salon: nous aimerions pouvoir avoir confiance, car, actuellement, notre confiance est ébranlée.
Voyez-vous, d'abord, le rapport du Conseil fédéral sur la politique agricole 2022 est en totale contradiction avec les souhaits de la population suisse. Le 24 septembre dernier, la majorité des citoyennes et des citoyens a soutenu l'agriculture suisse et a voulu une production de proximité. Mais ce rapport du Conseil fédéral va dans le sens contraire.
Voyez-vous, ensuite, l'initiative déposée par nos collègues paysans, membres d'Uniterre, est importante: elle rappelle et souligne les soucis de notre agriculture au moment où, justement, le Conseil fédéral nous livre son rapport sur le développement à moyen et long termes de l'agriculture en Suisse.
Le groupe UDC soutient toujours, à la quasi-unanimité, les propositions venant du monde agricole. Vous avez pu le constater, la semaine dernière, lors des votes sur le budget et, tout à l'heure, lors du vote sur la "Schoggi-Gesetz". Mais aujourd'hui, après le plébiscite des citoyens suisses pour le contre-projet à l'initiative de l'Union suisse des paysans - environ 80 pour cent de soutien -, il ne paraît pas très judicieux, aux yeux de la majorité de notre groupe, de soumettre au peuple l'initiative d'Uniterre. La majorité du groupe UDC va donc recommander son rejet, parce qu'elle la trouve excessive.
Monsieur le conseiller fédéral, je reviens sur vos propos tenus la semaine dernière à Bulle. Vous dites comprendre les paysans: je suis alors fort surpris que vous n'ayez pas obtenu de majorité au sein du collège gouvernemental. Vous dites encore être prêt au dialogue, vous avez même suggéré une "soupe au lait de Kappel" pour que, ensemble, nous trouvions une solution à nos problèmes. J'accepte cette invitation et mes collègues du groupe UDC aussi, car nous tous souhaitons une agriculture productrice, une agriculture qui reste aux mains de nos familles paysannes. Je souhaite que vous nous confirmiez aujourd'hui votre ouverture au dialogue. Alors une majorité de notre groupe sera incitée à suivre votre proposition au sujet de cette initiative parlementaire.
Dans notre groupe, le résultat est pour l'heure le suivant: une majorité, 30 voix, proposera le rejet de l'initiative d'Uniterre; une minorité s'abstiendra; et une plus petite minorité encore, 5 voix, proposera d'accepter l'initiative, car elle a de la peine à croire en la bonne volonté du Conseil fédéral.
Le vote de notre groupe signifie que votre message lancé la semaine dernière à Bulle est passé. A vous maintenant de nous confirmer votre volonté de dialogue, à vous de nous démontrer que nous pouvons vous faire confiance. Dans cette optique, le groupe UDC rejettera les propositions de la minorité Jans et de la minorité Glättli.