Grin Jean-Pierre · Nationalrat · 2017-12-05
Grin Jean-Pierre · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2017-12-05
Wortprotokoll
La sécurité alimentaire fait l'objet de plusieurs initiatives ces temps-ci, dont l'initiative d'Uniterre intitulée "Pour la souveraineté alimentaire. L'agriculture nous concerne toutes et tous". Est-elle inutile? Jusqu'à la fin du mois d'octobre dernier, c'était peut-être une initiative de trop. Mais le dévoilement par le Conseil fédéral de sa stratégie de politique agricole et la publication du rapport "Vue d'ensemble du développement de la politique agricole" le 1er novembre 2017 changent quelque peu la donne par rapport à cette initiative.
La stratégie du Conseil fédéral ne tient pas du tout compte de la volonté populaire exprimée par une très nette majorité de votants le 24 septembre dernier lors de l'acceptation du contre-projet à l'initiative "pour la sécurité alimentaire". [PAGE 1956] Le rapport défendu par Monsieur le conseiller fédéral Schneider-Ammann remet en cause le rôle multifonctionnel de l'agriculture défini à l'article 104 de la Constitution. Le rapport du Conseil fédéral présente une position totalement opposée, voire inacceptable et dommageable, non seulement pour l'agriculture, mais aussi, de manière générale, pour notre société. En désirant ouvrir davantage les frontières, le Conseil fédéral exerce une nouvelle pression sur les prix agricoles qui sont déjà à un prix-plancher.
En acceptant clairement le contre-projet à l'initiative "pour la sécurité alimentaire" de l'Union suisse des paysans, le peuple suisse s'est prononcé pour le maintien d'une agriculture suisse multifonctionnelle et productive. Les entreprises agricoles suisses ne peuvent pas lutter à armes égales face à la concurrence étrangère en raison des coûts de production particulièrement élevés dans notre pays ainsi que des standards s'appliquant à la détention des animaux.
La protection douanière, bien dosée, reste un instrument essentiel pour permettre aux familles paysannes de notre pays de remplir les prestations que l'on attend d'elles en matière de préservation des ressources, d'alimentation de qualité ou encore de bien-être des animaux. L'initiative populaire "pour la souveraineté alimentaire. L'agriculture nous concerne toutes et tous" représente, dans ce contexte, une opportunité réelle de contrecarrer le projet du Conseil fédéral et de respecter la volonté populaire qui s'est manifestée le 24 septembre dernier.
Cette initiative donne des pistes, propose des solutions qui concernent non seulement l'agriculture suisse et les consommateurs de ses produits, mais aussi des conditions de travail et de production à l'étranger, car elle répond à nos préoccupations au sujet d'une agriculture mondiale équitable, respectueuse de l'environnement et des animaux. Je vous rappelle qu'elle ne veut pas uniquement des mesures protectionnistes. Elle vise surtout à une forte équité dans les critères applicables aux produits, qu'ils soient issus de Suisse ou d'autres pays.
Par conséquent, si nous voulons assurer une alimentation saine à notre population, si nous voulons maintenir des places de travail dans les régions rurales ainsi que dans l'agroalimentaire, si nous voulons une production qui respecte les ressources naturelles et que l'agriculture suisse soit exempte d'OGM, si nous voulons assurer le bien-être des animaux d'élevage, si nous sommes pour un marché équitable et juste et, enfin, si nous voulons agir contre un libéralisme débridé, alors nous devons soutenir et recommander cette initiative, car l'agriculture nous concerne toutes et tous.
Avec des dispositions constitutionnelles certes beaucoup plus contraignantes, son acceptation serait une manifestation de désapprobation de la stratégie de notre gouvernement à l'égard de la Politique agricole 2018-2021 et des années suivantes. Donc, si, dans sa stratégie, le Conseil fédéral ne désire pas respecter la volonté populaire au sujet de l'agriculture, "remettre la compresse" devrait lui permettre de revenir à une certaine raison.