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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2000-03-14

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-03-14

Wortprotokoll

J'aimerais d'abord rappeler en préambule qu'à l'époque, j'ai fait partie de ceux qui se sont battus en faveur de l'initiative populaire "pour une Suisse sans armée" et que je suis très fier d'appartenir à l'un des deux peuples de la Confédération qui avait alors accepté cette initiative, Genève et le Jura.

J'avais à l'époque soutenu cette initiative non parce que je suis un pacifiste: je pense que dans certaines circonstances, la violence et le recours aux armes sont nécessaires. Si par exemple un gouvernement fasciste devait venir au pouvoir dans ce pays, je serais le premier à prendre les armes - eh oui, Monsieur Eggly, avec vous!

[PAGE 198] En fait, si j'avais soutenu cette initiative, c'est parce que la lecture que je fais de l'histoire de l'armée me montre que, depuis des siècles, certains disent même depuis Marignan, l'armée suisse a été pour l'essentiel une armée de guerre civile et de répression intérieure. Je sais que je vous l'ai déjà dit, Monsieur le Président de la Confédération, mais je le répète parce que, pour moi, la répétition est la mère de la pédagogie.

Par rapport à cette lecture de l'histoire militaire, je considère que votre projet constitue une brèche qui n'est pas inintéressante, et moyennant certains aménagements, notamment ceux proposés par la minorité de la commission, je pourrais m'y rallier. Mais en fait, je pose le débat sur un autre terrain, sur le terrain des priorités politiques et sur le terrain du primat du politique.

Je vous cite, Monsieur le Président de la Confédération. Dans un journal romand paru voici quelques temps, vous avez dit qu'en participant à des mesures de sauvegarde de la paix, la Suisse montre à la communauté internationale qu'elle n'est pas une resquilleuse de la sécurité. Certes. Mais elle est tout de même une resquilleuse dans d'autres domaines, en particulier sur le plan politique, sur le plan social et en ce qui concerne aussi la solidarité, notamment l'aide au développement.

Il faut maintenant rappeler quelles sont les priorités politiques extérieures de ce pays. Je crois que l'adhésion à l'Union européenne est la priorité des priorités, et avec elle, bien sûr, l'adhésion à l'ONU. Je crois que par rapport à ces deux grandes priorités, l'ensemble des autres projets doit venir après. Je constate et j'ai le sentiment profond que, depuis un certain temps, on assiste à un glissement dans ces priorités et que, de plus en plus, ces priorités de politique extérieure sont dictées par les militaires.

Et moi, je considère que la politique extérieure est une chose trop importante pour qu'elle soit confiée aux militaires. Je crois aussi que si on continue dans ce glissement, on va bientôt nous dire que la participation suisse à l'OTAN est prioritaire par rapport à l'adhésion à l'ONU et par rapport à l'entrée dans l'Union européenne, et je crois que ce glissement est tout à fait inacceptable.

J'ajoute que, si j'ai mentionné l'Union européenne dans ma proposition, ce n'est pas par rapport à son volet militaire, c'est par rapport à des considérations de priorités, mais aussi parce que l'Union européenne constitue une zone de stabilité sociale et économique et donc aussi à ce titre une zone de sécurité.

J'aimerais aussi souligner que ma proposition de renvoi pose fondamentalement la question du primat du politique. Je considère que ce projet ne respecte pas le primat du politique. A l'article 66 alinéa 1er du projet, on nous dit que les engagements pour la promotion de la paix peuvent notamment "être ordonnés sur la base d'un mandat de l'ONU". Fort bien, mais j'ai tout de même un problème avec cette logique. En effet, comment pouvons-nous recevoir des mandats de la part d'un "machin", pour reprendre l'expression du général de Gaulle, dont nous ne faisons pas partie? Encore une fois, je considère là que nous devons poser la question des priorités et du primat du politique.

J'en termine enfin avec une question, Monsieur le Président de la Confédération, par rapport à la question des priorités. Si, par malheur, un référendum devait être lancé par les forces les plus conservatrices du pays contre ce projet et si celui-ci était rejeté par le peuple suisse, j'aimerais que vous nous expliquiez comment alors, dans ces conditions, vous allez relancer la question de l'adhésion de la Suisse à l'ONU.

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