preparatory:AB 229090
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-05-28
Wortprotokoll
Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, une étincelle allumait le Printemps arabe. Les rues tunisiennes, puis celles d'autres pays arabes se remplissaient de dizaines, de centaines, de milliers, de dizaines de milliers et enfin de centaines de milliers de femmes, d'hommes et de jeunes assoiffés de liberté et de démocratie et remplis de l'espoir d'une vie meilleure.
Les manifestations pacifiques fédérant largement la population sous le slogan "Dégage!" appelaient au départ des potentats autoritaires et cleptocrates qui régnaient sur les peuples d'une main de fer, couverte de sang, et qui s'enrichissaient sur leur dos.
Si le Printemps arabe a semé de magnifiques graines en Tunisie, qui, malgré d'innombrables difficultés, éclosent progressivement, en Egypte, malgré la chute d'Hosni Moubarak, ce Printemps a été gelé par la mauvaise gestion des uns et la brutalité militaire des autres. Dans d'autres pays tels que la Libye et le Yémen, des interventions extérieures ont provoqué la désagrégation des structures étatiques et des conflits internes à l'origine de la mort de dizaines de milliers de personnes.
En 2011, ce mouvement généreux et pacifique d'aspiration à la démocratie et aux libertés individuelles qu'a été le [PAGE 594] Printemps arabe gagnait la Syrie. La réponse du régime baasiste a été une répression policière et militaire violente, brutale et sauvage, avec des morts, des détentions et des tortures pour les manifestants aux aspirations démocratiques.
Cette répression a généré de multiples oppositions armées, favorisant la création et la montée en puissance de l'"Etat islamique". La guerre civile syrienne et l'émergence de l'"Etat islamique" sont à l'origine d'un désastre humain d'une ampleur incroyable: en sept ans, il y a eu plus de 350[NB]000 morts, près de 5 millions de Syriens ont quitté leur pays et environ 8 millions de personnes, soit l'équivalent de la population suisse, se sont déplacées à l'intérieur du pays.
Sous prétexte de combattre l'"Etat islamique" et le terrorisme, de nombreux acteurs étatiques et non étatiques se sont engagés dans des opérations militaires sur sol syrien avec des objectifs politiques et militaires bien autres.
L'exemple de plus saillant est l'intervention illégale de la Turquie dans les zones où les Kurdes syriens se sont organisés de manière autonome, après des décennies de répression par le régime baasiste. Aujourd'hui, la Syrie devient progressivement le théâtre d'une guerre entre Israël et l'Iran, avec l'appui des puissances américaine et russe.
Le risque d'un embrasement plus important encore existe, avec des conséquences incalculables pour les populations civiles.
Lors des hostilités, de très nombreux crimes de guerre ont été commis contre ces populations civiles, notamment par l'usage de gaz de combat pourtant interdits, par la privation des populations civiles en eau et en nourriture, par les sièges de zones urbaines, par l'asservissement sexuel et le viol de femmes yézidies ou encore par l'usage de boucliers humains par des groupes armés. Pour nous, socialistes, ces actes ne sauraient rester impunis ni maintenant, ni à l'avenir. Il en va de la reconnaissance de la souffrance subie, mais aussi de la crédibilité de l'ordre juridique mondial.
Pour le groupe socialiste, la catastrophe humaine et humanitaire en Syrie ne saurait se prolonger. Il en va de la vie d'enfants, de femmes et d'hommes qui n'ont que le tort d'être nés au mauvais endroit au mauvais moment. La raison d'Etat ne saurait prévaloir sur l'humanité et la vie. Il est donc impératif que l'ensemble des parties au conflit, y compris les Kurdes, trop longtemps laissés pour compte dans ce pays, soient amenées à reprendre le chemin de la négociation, ensemble, pour la cessation des hostilités et la paix, car aucune paix ne saurait être trouvée en Syrie ou ailleurs sans négociation politique.
C'est dans cette perspective que les socialistes souhaitent que le Conseil fédéral s'engage fermement auprès de l'ONU pour soutenir les efforts de paix, mais aussi pour qu'il agisse auprès des parties étatiques et non étatiques au conflit syrien pour leur rappeler les principes et les obligations découlant de la Charte des Nations Unies et des Conventions de Genève.
Aujourd'hui, par l'adoption de la déclaration soumise au vote, notre Parlement, représentant direct de la population suisse, peut exprimer la volonté de paix et de protection des victimes en Syrie. C'est une petite contribution, mais c'est aussi - et c'est important de le dire - un acte de solidarité humaine auprès de toutes celles et de tous ceux qui, en ce moment, souffrent et portent le deuil en Syrie.
Les socialistes vous remercient donc d'approuver la déclaration.