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Mugny Patrice · Nationalrat · 1999-12-09

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 1999-12-09

Wortprotokoll

Si j'en crois les chiffres donnés par le Conseil fédéral, les dépenses militaires sont déjà en cours de réduction et cette diminution devra atteindre, en 2002, 28 pour cent du budget militaire tel qu'il était présenté aux députés il y a quelques années. Je suis certain qu'à l'époque des gens très sérieux et très responsables ont déclaré que de telles réductions mettraient le pays en danger. Je pense qu'aujourd'hui le pays est bien plus en danger en raison de la détérioration des liens sociaux que suite aux réductions des dépenses militaires.

Je dirai ensuite que j'ai eu l'occasion de suivre la conférence donnée il y a deux jours par M. Ogi, conseiller fédéral, et de participer à quelques échanges rapides avec des députés de droite concernant les tâches qui seront dorénavant confiées à l'armée. Une chose m'est apparue avec une clarté aveuglante: on ne sait plus trop quoi faire de cette armée, et on lui cherche désespérément de nouveaux petits boulots, histoire de justifier les quelque 5 milliards de francs qui lui sont alloués. J'aimerais dire ici que je ne défends pas un pacifisme aveugle qui ne veut pas voir des dangers tels que l'instabilité de certains pays qui pourrait relativement facilement basculer dans le fascisme, comme cela s'est notamment passé dans plusieurs régions de l'ex-Yougoslavie. Je sais que le monde n'est pas idéal et je suis convaincu, tout paradoxal que cela puisse paraître, que l'Europe ne pourra pas se passer d'une force armée de maintien de la paix. Le débat devra avoir lieu sur la manière dont la Suisse participera à cette police européenne, sur les institutions démocratiques qui auront la légitimité d'actionner cette force armée, mais je suis tout aussi convaincu que l'existence d'une armée suisse à 5 milliards de francs n'a strictement aucun sens et que cette police européenne que j'ai mentionnée coûtera infiniment moins cher que des dizaines d'armées nationales. Je pense donc que, sur le plan pratique, il est parfaitement raisonnable de soutenir cette initiative populaire.

Mais je ne peux pas ne pas ajouter que, malgré la répétition de ce scénario, je suis toujours aussi surpris d'entendre des gens qui n'hésitent pas à précariser la situation des salariés, à faire travailler les femmes la nuit, à réduire les prestations sociales, à s'en prendre aux chômeurs et aux handicapés, bref à désécuriser les gens, voire à les désespérer, je suis donc surpris de voir ces mêmes gens parler tout à coup de sécurité. L'armée, dans l'histoire humaine, a plus souvent apporté la désolation que la sécurité. En revanche, les améliorations sociales obtenues depuis un siècle pour les pays qui en ont bénéficié ont, elles, réellement apporté une plus grande sécurité.

Enfin, je suis carrément stupéfait de voir que le Conseil fédéral et la droite parlent de la perte de milliers d'emplois qu'occasionnerait cette initiative. On a pu voir, ces dernières années, que nos autorités n'ont pas fait preuve d'une grande capacité d'intervention concernant les dizaines de milliers de licenciements qui ont défrayé la chronique dans notre pays. Pis, ils ont assidûment participé à ces suppressions de places de travail via les privatisations de certains secteurs publics. Ensuite, l'initiative populaire prévoit d'affecter 1 milliard de francs à la reconversion des emplois ainsi menacés, ce qui amène d'ailleurs le Conseil fédéral à décréter qu'il ne peut pas intervenir ainsi, sous peine d'entraîner une distorsion de la concurrence. Et moi qui croyais naïvement que l'autorité politique avait un rôle de régulateur! Mais c'est vrai que le Conseil fédéral et la droite considèrent que l'actuelle création de monopoles de fait de quelques grandes entreprises privées constitue certainement l'état de concurrence parfaite.