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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2002-06-20

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-06-20

Wortprotokoll

Il m'apparaît qu'on ne peut pas aborder ce débat sans regarder ce qui se passe sur la scène internationale. Un regard large nous apprend en effet que le nombre de réacteurs produisant de l'électricité nucléaire dans le monde, soit 440 unités à fin 2001, n'augmente plus. Le déclin de ce secteur est même amorcé, car les commandes de réacteurs ne compensent plus les prévisions de fermeture. En Europe, hors programme français, il n'y a plus eu de commandes depuis 1980, et, à l'exception de la Finlande, plus aucun projet de construction n'existe aujourd'hui sur le plan européen. Enfin, que l'option nucléaire reste officiellement ouverte ou pas, la plupart des pays privilégient d'autres solutions en direction, notamment, de la sortie progressive du nucléaire, de la maîtrise de la consommation et du développement des énergies renouvelables.

Quel chemin parcouru! puisque voici quelques décennies, certains milieux pensaient que le nucléaire était promis à une croissance quasi illimitée. Ce revirement de tendance, qui a aussi tenté la Suisse, s'explique pour les raisons suivantes.

1. La démonstration a été faite qu'à terme, les centrales nucléaires peuvent être remplacées par d'autres formes d'énergie.

2. La démonstration a aussi été faite que le nucléaire est moins favorable à l'emploi que d'autres formes d'énergie, notamment parce que celles-ci sont plus décentralisées. Dans ce domaine, on peut noter que depuis quelque temps, un certain nombre d'organisations syndicales, en Suisse comme à l'étranger, ont revu leur position sur la question. On peut ajouter à cela le fait que le nucléaire est une énergie très gourmande en investissements.

3. Un certain nombre de dirigeants politiques, même à droite, se sont rendu compte que la gestion démocratique du nucléaire était beaucoup plus complexe et beaucoup plus difficile que celle des autres formes d'énergie.

4. La question des déchets n'est toujours pas maîtrisée à satisfaction.

5. Le nucléaire reste une énergie à risques très élevés. Des millions de personnes restent affectées par les conséquences de l'accident de Tchernobyl. En France, on évalue entre 1 et 10 sur un million la probabilité d'un accident majeur par réacteur et par année. Bien évidemment, les risques d'une catastrophe nucléaire se sont aggravés depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Seules les initiatives populaires "Moratoire plus" et "Sortir du nucléaire" permettent de tenir compte de cette évolution à la fois scientifique et sociétale, car, comme l'a dit M. Mugny, nous sommes bien en présence d'un choix de société.

Pour ces différentes raisons, je vous invite à recommander au peuple et aux cantons d'accepter ces deux initiatives populaires et à adopter les deux propositions de renvoi de minorité qui concernent le projet de loi sur l'énergie nucléaire.