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Mazzone Lisa · Nationalrat · 2018-06-14

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2018-06-14

Wortprotokoll

"La femme a le droit de monter à l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune." C'est Olympe de Gouges qui disait cela en 1791, la même qui a écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Deux cents ans après, on a aboli la peine de mort, mais on n'a pas avancé énormément en matière d'égalité. L'adaptation de cette déclaration serait aujourd'hui: "La femme a le droit de monter le linge; elle a également celui de monter à la tribune."

Les années passent, les revendications demeurent. Les femmes représentent la moitié de la population - si vous ne l'aviez pas remarqué. Elles doivent ainsi être représentées de façon équilibrée dans les sphères de pouvoir, sinon cela s'appelle de la domination. Les raisons de cette inégalité tiennent à deux phénomènes: le premier est une norme dominante, les mentalités, qui avancent toujours plus lentement que le pas de l'histoire; le second, ce sont les conditions-cadres.

En ce qui concerne la norme et les stéréotypes, on peut citer une expérience menée à l'Orchestre philharmonique de New York. Dans cette formation composée en grande majorité d'hommes, on a commencé à faire des castings à l'aveugle, où les jurés ne savaient donc pas si l'interprète était une femme ou un homme. Comme par hasard, la composition de l'orchestre s'est sensiblement modifiée et, ensuite, il y a eu une majorité de femmes. Les stéréotypes persistent donc et orientent énormément les choix que l'on fait et qui n'ont rien de naturel.

Concernant les conditions-cadres, on peut rappeler que rien n'est fait pour que les femmes accèdent au pouvoir. Mais on a l'occasion de réparer cela, du moins en partie. Le problème est structurel et les quotas sont une mesure efficace pour accélérer les changements de la société. Le but est plus d'égalité et plus de partage du pouvoir, pour que le pouvoir soit représentatif et pas dominé par une certaine catégorie de personnes.

Les quotas représentent une mesure transitoire pour aider les hommes à laisser de la place aux femmes, car, non, les femmes ne sont pas moins compétentes que les hommes, si vous en doutiez. Au contraire, on a tendance à leur en demander bien plus qu'aux hommes. Ainsi, 89 pour cent des administratrices ont un bagage universitaire, contre 82 pour cent en moyenne. Donc on voit qu'on a tendance à demander des qualifications plus élevées aux femmes pour atteindre les mêmes postes. Et à l'heure actuelle, 94 pour cent des membres de la direction des entreprises et 87 pour cent des membres du conseil d'administration des plus grandes entreprises de Suisse sont des hommes.

Ce qui est proposé ici est un pas de fourmi. Les sociétés cotées en bourse et les sociétés soumises au contrôle ordinaire devront atteindre un objectif de 20 pour cent de femmes dans leur direction et de 30 pour cent dans leur conseil d'administration, et si elles ne les atteignent pas, elles devront expliquer dans un rapport pourquoi elles ne les ont pas atteints et exposer les mesures qu'elles ont prises ou qu'elles s'apprêtent à prendre. On ne peut ainsi pas parler de quota au sens propre, c'est un objectif qui peut être contourné par un rapport, donc une mesure bien timide.

Le Conseil fédéral par contre demande, lui, à la Poste, aux CFF et aux autres entreprises proches de la Confédération d'atteindre un objectif de 30 pour cent de femmes en 2020. D'ailleurs, tous les pays qui ont instauré des quotas ont fixé des objectifs de 30 à 40 pour cent. On est parmi les derniers, il faut le dire, à réfléchir à des quotas en Europe, après avoir été parmi les derniers à octroyer le droit de vote, les droits de citoyenneté totale aux femmes. Et pourtant, l'économie, malgré cette mesure très timorée, tremble pour son patriarcat. Mais on ne va pas attendre 40 ans supplémentaires! 40 ans, c'est le temps qui nous est prédit pour que cette mesure se mette en place et que cette égalité au sein des sphères de pouvoir des entreprises se mette en place "naturellement". On ne va pas attendre: il faut prévoir un seuil minimum ambitieux, c'est pourquoi ma proposition de minorité vise à passer de seuils minimaux de 20 pour cent de femmes au sein de la direction et de 30 pour cent de femmes au sein du conseil d'administration à des seuils minimaux de respectivement 30 et 40 pour cent.

Je n'ai pas changé d'avis, le groupe des Verts n'a pas changé d'avis, et nous considérons toujours que le seuil proposé dans le projet du Conseil fédéral est bien trop bas et qu'il ne nous amènera pas assez vite à notre objectif, à savoir un pouvoir représentatif. Mais on a vu en commission - je terminerai là-dessus - jusqu'où certains sont prêts à aller pour, disons, tuer dans l'oeuf une proposition pourtant bien faible, et à quelle bassesse tactique certains sont prêts à recourir pour ne pas avoir un quota minimum. C'est pour cette raison que je retire ma proposition de minorité, afin de donner plus de chances à la version du Conseil fédéral qui constitue un minimum.