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preparatory:AB 234157

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2018-09-13

Wortprotokoll

Je m'exprimerai d'abord sur ma proposition de minorité III relative aux munitions. Savez-vous quel montant représentent nos réserves de munitions? Elles représentent 3,5 milliards de francs, 3,5 milliards de francs de réserves de munitions! Et, après l'achat onéreux de l'année dernière visant à renflouer ces réserves, le projet de message sur l'armée 2018 prévoit d'acheter pour 146,5 millions de francs de munitions supplémentaires.

Ce qu'il faut savoir, c'est que ce chiffre est plus élevé qu'en 2016. Donc, non seulement on fait des réserves comme un hamster, mais, en plus, on achète davantage qu'en 2016. De plus, il faut aussi connaître le coût occasionné par les réserves, les coûts induits par les munitions ne s'arrêtant pas une fois celles-ci achetées. Au contraire, on doit vérifier ces munitions, les surveiller et, dans bien des cas, malheureusement, les désamorcer, à la fin, lorsqu'elles n'ont pas été utilisées. Tout cela représente un coût important; c'est pour cette raison que je vous propose de supprimer le poste du crédit-cadre concernant l'achat de munitions supplémentaires. Plutôt que d'acheter encore et encore des munitions, utilisons celles qu'on a, cela nous coûtera moins cher en entretien et en désamorçage de munitions non utilisées; cela nous coûtera moins cher, aussi, en gestion des risques naturels - on l'a vu encore dernièrement dans la région de Berne.

Concernant le crédit-cadre "Etudes de projets, essais et préparatifs d'achats", ma proposition de minorité II vise à réduire les dépenses de 48,6 millions de francs. Il s'agit d'une discussion importante parce qu'il est question de l'orientation future en matière de politique de sécurité. Il est question de notre politique en matière d'armée, mais aussi en matière de politique extérieure. Ce qu'on prévoit dans les années à venir, c'est de dépenser des milliards et des milliards de francs pour l'acquisition d'avions de combat, d'une part, et, d'autre part, pour l'artillerie et les chars - donc des obus, des boulets, des roquettes, des missiles, etc., etc.

Bref, c'est le scénario type d'une guerre traditionnelle au sol, à laquelle on a toujours plus de peine à croire qu'on pourra être confronté.

Cela pose des problèmes. Une guerre terrestre est simplement irréaliste aujourd'hui, et on continue de dépenser énormément d'argent pour parer à une menace qui n'existe pas. Je rappelle que la Suisse est au coeur de l'Europe, entourée de pays, amis, et surtout entourée de pays qui, pour trois d'entre eux en tout cas, ont beaucoup plus de moyens en termes de défense, d'armement et d'offensive que nous. Donc, si la Suisse devait vraiment mener une guerre au sol contre ces pays-là, ces pays voisins, il faudrait qu'elle se ruine pour acquérir le matériel d'armement afin de pouvoir rivaliser. Or, heureusement, ce n'est pas ce qu'on fait. On est donc dans une position totalement paradoxale en continuant de dépenser de l'argent pour l'armement, du fait que la menace n'est pas réaliste, et surtout en négligeant le rôle que peut jouer la Suisse. La Suisse est un petit pays neutre qui peut prendre une autre voie; la neutralité, c'est sa chance sur le plan international.

J'aimerais relayer ici le message du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, qui considère que le désarmement mondial est un enjeu majeur du développement durable. On sait que la course aux armements, qu'on voit aujourd'hui dans à peu près tous les pays du globe, a un effet sur les populations en raison des choix des gouvernements en matière de dépenses. Cela a malheureusement des effets négatifs sur de nombreuses populations. Dans ce sens, Monsieur Guterres estime que c'est un enjeu majeur du développement durable actuel; il encourage l'ensemble des pays à s'engager dans la voie du désarmement, non seulement nucléaire, mais aussi sur le plan des armes traditionnelles, et donc à ne pas favoriser la course aux armements.

Donc, très concrètement, quel rôle peut jouer la Suisse, située au centre de l'Europe? La Suisse peut continuer son travail conséquent de promotion de la paix, consistant à offrir ses bons offices, son travail en faveur d'une autre vision qui favoriserait plus de prospérité à l'échelle mondiale. Dans ce sens, je vous propose de supprimer les crédits qui sont prévus pour l'acquisition à venir de matériel d'artillerie de forteresse, de matériel d'infanterie et de défense antichar, de matériel de char pour 25 millions de francs et de matériel aéronautique, parce que c'est une voie qui n'est ni réaliste, ni durable, ni profitable.