Marra Ada · Nationalrat · 2018-12-12
Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-12-12
Wortprotokoll
Je ne pensais jamais avoir à dire ces mots au sein de ce Parlement, au sein de ce vénérable hémicycle, mais pour la première fois en onze ans de Parlement, j'ai ressenti physiquement ce qu'était la lutte des classes. Je l'ai ressenti dans mon ventre, pendant les séances de la commission, en écoutant tous ces messieurs, car ce sont surtout les messieurs qui disaient: "Circulez, il n'y a rien à voir." Et je me disais: mais qui sont-ils, tous ceux-là, pour mépriser autant les locataires? D'où viennent-ils? Où habitent-ils? Qui représentent-ils, quel lobby? Quel monde fréquentent-ils pour ne pas entendre toutes nos concitoyennes et concitoyens qui nous disent à longueur d'année qu'ils n'arrivent pas à se loger parce que les logements sont trop chers? Quels promoteurs immobiliers défendent-ils pour exercer leur pouvoir sur des concitoyens captifs du marché? Captifs, car l'initiative traite d'un sujet extrêmement important, étant donné qu'il touche la majorité des gens qui ont un toit dans le pays, les locataires. En effet, la Suisse est presque une anomalie par rapport aux pays européens, puisque la majorité de ses habitants ne sont pas des propriétaires mais des locataires.
La plupart de nos concitoyens dépendent donc d'un propriétaire et une part modeste d'entre eux est organisée en coopératives d'habitation. Coopératives dont on constate que les loyers sont 15 à 20 pour cent moins chers que ceux du marché. C'est donc une mesure efficace, mais c'est aussi une mesure qui repose sur une vision sociétale, l'idée que le locataire puisse organiser son "vivre ensemble" avec d'autres. C'est une prise en main de son propre habitat. C'est une vision à la fois collective et libérale. Et c'est un des trois buts de cette initiative. Pour sauvegarder des prix modérés, il faut soutenir les coopératives.
On nous a dit que, en moyenne, les prix des logements avaient baissé. Or, deux tiers des habitants du pays vivent dans des zones urbaines, là où se concentrent les problèmes. Pas dans les campagnes, où les prix des loyers ont effectivement baissé. Dans le milieu urbain, le seul secteur qui a reculé au niveau des coûts du logement, c'est celui du luxe. Pas le reste des appartements. Pour les autres catégories, les prix ont au mieux stagné - et ils étaient déjà hauts - ou alors augmenté, même si ce n'est que légèrement. Alors on peut toujours dire aux locataires - et aux propriétaires aussi d'ailleurs - d'aller se loger dans les zones de campagne ou périphériques, où les loyers et les terrains à bâtir coûtent moins chers. Mais cela n'est pas sans conséquence sur la sociologie des villes, d'abord, avec des sortes de ghettos de riches ou de pauvres, et cela n'est pas sans conséquence sur la vie des gens non plus, qui perdent leurs liens, leur vie sociale, etc.
Mais le sommet de l'arrogance de la majorité de la Commission de l'économie et des redevances (CER), c'est quand elle a décidé de ne même pas entrer en matière sur le crédit-cadre proposé par le Conseil fédéral en rapport étroit avec l'initiative. Si le groupe socialiste estime que cela n'est absolument pas une réponse aux problèmes soulevés par l'initiative, il estime pourtant qu'il faut le soutenir. Ce fonds, rappelons-le, sert à prêter de l'argent aux coopératives d'habitation. C'est aujourd'hui la seule mesure d'encouragement réelle. Je rappelle que la caisse fédérale, et nous l'avons entendu dire dans ce débat, a même ainsi engrangé des recettes avec le paiement des intérêts. L'Union des villes suisses, présidée par Monsieur le conseiller national Kurt Fluri, demande même d'augmenter le fonds de 375 millions de francs. On se réjouit de l'entendre à ce propos tout à l'heure.
Pour terminer, la position de la majorité de la commission contrevient à l'article 108 de la Constitution, est pilotée par les lobbys de l'immobilier et ne tient pas compte des citoyennes et citoyens de ce pays.
Souvenons-nous qu'une des raisons principales de l'acceptation, le 9 février 2014, de l'initiative populaire "contre l'immigration de masse" était le coût des loyers trop élevés engendrés par des multinationales logeant leurs employés à des coûts astronomiques et faisant disparaître par là même les loyers abordables pour les gens du lieu. Quatre ans après, les membres du groupe PLR jouent aux amnésiques et ceux du groupe UDC aux pyromanes. Les locataires de notre pays, qui valent plus que cela ne doivent par être victimes de telles attitudes.
C'est pourquoi nous vous demandons de suivre la minorité Töngi qui propose de recommander l'acceptation de l'initiative, et d'entrer en matière sur le crédit-cadre destiné à alimenter le fonds de roulement, pour que la CER puisse se saisir à nouveau de cet objet et le traiter. [PAGE 2122]