Brunner Christiane · Ständerat · 2002-06-13
Brunner Christiane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-06-13
Wortprotokoll
L'intervention de M. Schmid Carlo m'amène à répondre quand même à quelques arguments qu'il a invoqués. Le premier, c'est que j'ai, quant à moi, une toute autre conception du peuple suisse. Moi, je suis fière d'être suisse, je suis fière que la Suisse soit pionnière en matière de droits humains, en matière de combat contre le racisme. Je suis fière de mon pays dans ce sens-là, et je peux dire que la Suisse a mis en oeuvre avec d'autres pays, et très tôt, des mécanismes en faveur des droits humanitaires, des droits de l'homme en général et, bien sûr, en matière de racisme. On n'était pas à l'avant-garde en ce qui concerne la ratification des conventions internationales, mais en tout cas, à l'intérieur de notre pays, j'ai toujours eu le sentiment que le combat contre le racisme faisait partie de notre combat et de nos valeurs en tant que peuple suisse.
Je ne peux pas entrer en matière sur les considérations de M. Schmid Carlo, dans la mesure où je n'ai pas la même [PAGE 418] perception de notre peuple que lui. Lui, il dit que notre peuple ne doit pas se faire critiquer par d'autres organismes, il ne doit pas se soumettre, même, à cette critique, alors que justement, nous avons des instruments en Suisse qui permettent clairement de faire tout ce qui est possible pour lutter contre le racisme. Nous avons en Suisse un sentiment d'indignation face au racisme qui fait qu'on peut véritablement se soumettre même à un organe extérieur pour dire si oui ou non, nous appliquons les instruments que nous avons signés.
D'autre part, il n'est pas juste de dire que cet instrument-là est un instrument contraignant, qu'il s'agit d'un juge extérieur. M. Cornu l'a dit tout à l'heure, ce sont des mécanismes mis en place notamment à l'Organisation internationale du travail, qui sont des mécanismes de contrôle non contraignants, mais qui ont une efficacité sur le plan de leur application au niveau international. Je crois que notre pays peut contribuer à la mise en place de ces instruments de contrôle non contraignants, à leur force aussi de manière générale sur le plan international, s'il accepte de s'y soumettre lui-même.
En tous points, je crois que nous avons des opinions totalement divergentes sur les valeurs de notre pays, sur les valeurs que la Suisse intègre et représente. Je ne suis pas d'accord non plus que l'on reprenne, à propos de la ratification de chaque instrument international - il s'agit quand même d'un petit instrument que le Conseil fédéral nous demande de ratifier - tout le débat sur la question de l'holocauste et de l'antisémitisme.
Il est bon qu'en Suisse, nous ayons analysé notre passé, que nous ayons fait ce qu'il fallait pour corriger les erreurs de notre passé ou, en tout cas, pour en prendre véritablement connaissance et pour que cela fasse partie de notre histoire. Tous les peuples se trompent parfois, le nôtre également. Cela doit faire partie de notre histoire sans qu'on puisse dire après coup: "Mais alors, autour de l'holocauste, le peuple suisse a déjà été en quelque sorte dégradé par des forces extérieures." Non, je crois que le peuple suisse, au contraire, a montré sa force en disant qu'il voulait lui-même analyser son passé et assumer ses responsabilités. Il est faux de reprendre chaque fois, comme l'a fait M. Schmid Carlo, cette interprétation à ce sujet afin de dévier sur d'autres questions et sur une question finalement aussi peu importante dans ses conséquences pratiques, mais très importante sur le fond, soit la manière dont nous considérons notre pays et notre tâche dans le monde dans son ensemble et dans la communauté internationale.
Je vous invite à entrer en matière.
Je pense qu'il y a peut-être un certain nombre de points que nous devons encore éclaircir ensuite en commission ou, en tout cas, que nous devons entendre le Conseil fédéral. Je suis prête à soutenir aussi la proposition de renvoi Pfisterer, mais cela suppose d'entrer en matière pour montrer clairement que nous voulons adhérer, mais que nous voulons avoir encore des précisions sur les conséquences de l'adhésion à l'article 14 de la convention.