preparatory:AB 243849
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-03-21
Wortprotokoll
Le rapport de politique extérieure analyse très bien la situation politique globale actuelle: une économie mondialisée dans un contexte de retour marqué à la logique de puissance, avec un émiettement du paysage géopolitique et une érosion de la collaboration multilatérale qui a été patiemment construite depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour répondre aux défis de la planète concernant l'ensemble de ses habitantes et habitants, comme la lutte contre la pauvreté, le développement, la coexistence pacifique des peuples et les changements climatiques. Cette logique de pouvoir concerne bien sûr les grandes puissances mondiales telles que la Chine, la Russie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, si l'on prend en compte la sortie de l'Union européenne. Mais cette dynamique concerne aussi les puissances régionales, comme la Turquie, l'Iran, le Pakistan, l'Inde et, bientôt, le Brésil, si l'on écoute les propos de son nouveau président. Face à cette logique, le Conseil fédéral promeut la stratégie suisse des bons offices. C'est bien, mais c'est insuffisant.
C'est bien, car, par ses bons offices, la Suisse et sa diplomatie contribuent à renouer, à maintenir et à renforcer le dialogue entre les Etats, ou à renforcer le dialogue au sein même des Etats, lorsque le conflit concerne des minorités. Mais c'est insuffisant, car, aujourd'hui, contrairement à la période de la guerre froide, la Suisse n'est pas seule sur le marché des bons offices et de la facilitation du dialogue. Des pays comme la Norvège sont tout aussi présents et disposent de moyens financiers beaucoup plus importants. Notre avantage sur ce terrain est la Genève internationale: un lieu de rencontre officiel et discret, qu'il faut soigner. Dans ce contexte, on ne comprend pas la diminution du crédit-cadre pour l'Etat hôte. C'est au contraire une augmentation qu'il aurait fallu présenter à notre Parlement.
La politique des bons offices ne doit pas être un moyen de cacher un retrait de la Suisse de la dynamique collective et un abandon de son rôle de leader exemplaire dans des domaines de politique internationale essentiels, tels les droits de l'homme, le développement durable, la migration, la lutte pour le climat ou encore le désarmement nucléaire, comme le souhaite les nationalistes de ce Parlement. C'est en redonnant consistance à ces divers domaines, en prenant le leadership seul ou avec des Etats "like-minded" au niveau international que la Suisse participe au mieux à redonner une dynamique internationale positive autour de valeurs qui sont d'ailleurs celles inscrites dans notre Constitution.
En matière de droits de l'homme, il est nécessaire que la voix de la Suisse soit plus ferme; cela ne doit pas être ce slalom inconsistant et navrant auquel on a assisté au Conseil des droits de l'homme lorsque la Suisse a refusé d'apporter son soutien à une déclaration de l'Islande condamnant l'Arabie saoudite pour la violation des droits des femmes.
En matière onusienne, on aimerait entendre notre ministre des affaires étrangères s'engager ouvertement et fermement pour le siège non permanent au Conseil de sécurité. C'est une institution dans laquelle la Suisse pourrait faire valoir ses qualités.
En matière de développement durable, le rôle de la Suisse dans l'élaboration des objectifs du développement durable et la participation de la société civile suisse dans le processus ont été salués de manière internationale. Rappelons que Monsieur Michael Moeller est venu il y a dix jours ici rencontrer les parlementaires pour souligner l'importance de l'Agenda 2030 et celui de la Genève internationale, puisque la mise en oeuvre internationale de ces objectifs se joue essentiellement à Genève. La Suisse doit retrouver, aussi dans [PAGE 520] ce domaine, un rôle actif majeur et surtout faire preuve de cohérence en mettant les Objectifs de développement durable au centre de ses politiques et de sa politique extérieure.
En matière de désarmement nucléaire, le Conseil fédéral a perdu sa boussole. Alors que la politique extérieure est soumise depuis une année au mantra politique "la politique extérieure, c'est aussi de la politique intérieure" et que le Conseil fédéral nous écrit dans le message qu'"un solide ancrage démocratique de la politique extérieure, en équilibre entre gouvernement et Parlement, entre Confédération et cantons et vis-à-vis du public, restera donc pour les années à venir une mission importante", on assiste à un refus du DFAE de mettre en oeuvre ma motion 17.4241, "Signer et ratifier le traité sur l'interdiction des armes nucléaires". Il est en effet prévu de lancer une consultation inutile, alors que le Parlement s'est déjà prononcé de manière claire et que la société civile a déposé hier une pétition, signée par 26[NB]000 personnes, visant la ratification de ce traité.
En résumé, le groupe socialiste demande plus de leadership, plus de courage et plus de cohérence en matière de politique étrangère. La Suisse a tout à y gagner.