Savary Géraldine · Ständerat · 2019-06-11
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-11
Wortprotokoll
Cher Monsieur Vonlanthen, quand je vous entends, j'ai un peu l'impression d'entendre un amoureux déçu par sa fiancée! (Hilarité) Le contenu de l'intervention de Monsieur Rechsteiner va un peu dans le même sens et consiste à dire que vous vous êtes fortement mobilisés pour soutenir le service public, pour le sauver des attaques auxquelles il devait faire face. Or, voilà que, quelques mois plus tard, cette merveilleuse fiancée que vous avez sauvée du danger se trouve dans la situation de devoir partir pour Zurich. Effectivement, c'est une déception - manifestement profonde; une déception que je pourrais par ailleurs partager.
Les inquiétudes et les préoccupations que vous avez exprimées dans votre initiative, nous les avons exprimées en commission et nous les exprimons aussi dans le débat politique et public auquel participent les populations de nos cantons respectifs. Quid des emplois? Les décisions de la SSR se justifient-elles du point de vue de l'emploi? Allons-nous devoir faire face à une forme de monoculture de l'information au sein du service public, à l'expression uniforme de l'information par une entreprise qui occupe une place énorme dans un paysage médiatique chamboulé? Allons-nous être confrontés à une situation de monopole malgré tout, qui exige de la SSR un certain nombre de promesses et de réalisations ainsi que le respect du rôle qui lui est octroyé?
Je comprends les inquiétudes exprimées mais, pour rester dans la métaphore de l'amoureux déçu, je reprendrai le proverbe français: "Qui trop embrasse mal étreint." C'est quelque chose que, sans doute, vous savez et, en l'occurrence, si votre initiative parlementaire est assurément pleine de bonnes intentions et, sans doute, met le doigt sur des préoccupations et des inquiétudes légitimes, les réponses que vous donnez à ces inquiétudes sont à mon avis contre-productives.
Tout d'abord - et cela a été rappelé par mon collègue Olivier Français -, il y a la question de la territorialité de l'information. Il n'y a pas besoin d'être un spécialiste des nouveaux médias pour se rendre compte que cette territorialité est en train de disparaître, voire qu'elle n'existe déjà plus, et que l'information circule. C'est la manière dont elle est produite plutôt que le site de production qui prime. Or vous fixez véritablement ces sites de production dans votre initiative, ce qui est à notre avis contre-productif.
La situation a évolué au fil du temps. Par le passé, Lausanne s'est trouvée dotée de la radio, mais ce n'était pas acquis d'avance - il me semble que la discussion portait aussi sur Genève. Les choses se sont passées de cette manière, et peut-être que dans vingt ans, le canton de Fribourg accueillera des nouveaux moyens de communication et d'information, le service public se déployant dans ces domaines. On ne peut donc pas fixer des territoires de production dans une loi.
Pour moi, le plus grave dans cette initiative, c'est qu'elle fixe aussi les canaux d'expression. Vous dites qu'une partie, qui relèverait du domaine audio, serait à Lausanne, par exemple - si on prend la Suisse romande - et ce qui touche à l'audiovisuel, à Genève. Or, hier, j'étais en train de regarder la télévision, comme encore un certain nombre d'entre nous dans ce pays, et je suis tombée sur "Forum", qui est une émission audio, mais qui passait sur RTS 2. Les frontières ont été, heureusement ou malheureusement - cela dépend des points de vue -, abolies. Si vous fixez non seulement les territoires, mais en plus les structures d'information dans la loi, vous signez à mon avis la mort, à terme, du service public.
On peut très bien imaginer que, dans quelques années, les podcasts, par exemple - qui sont une sorte de méthode audio permettant de produire des contenus d'information - soient à Genève et que, à Lausanne, une émission radio se retrouve sur des canaux télévisuels. Le monde est en train de changer, et si la SSR ne se résout pas non seulement à accompagner ce changement, mais aussi à l'anticiper, elle signe à terme son arrêt de mort, et ce serait dommage que nous y contribuions.
Je pense que ce débat est justifié. Les questions sont posées à la SSR, qui les prend manifestement très au sérieux, vu le nombre de personnes qui ont participé aux auditions de la Commission des transports et des télécommunications. Mais la réponse proposée n'est pas bonne; elle est contre-productive et ira à l'inverse, à mon avis, du souhait que vous manifestez.
Si nous nous prononçons sur cette initiative, je vous invite à renoncer à la soutenir en l'état.