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Reynard Mathias · Nationalrat · 2019-06-13

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-13

Wortprotokoll

J'ai le plaisir de prendre la parole à présent pour défendre mon initiative parlementaire dont l'objectif est la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle.

"Burn-out": syndrome d'épuisement professionnel, en français. Traduit littéralement de l'anglais, ce sont les "cramés" du boulot, les salariés brisés, détruits par cette expérience traumatisante, des salariés qui sont bien souvent les plus impliqués et les plus investis à leur place de travail, des salariés qui, en raison de problèmes structurels, internes à l'entreprise, ne parviennent pas à déconnecter du boulot, qui se retrouvent dans des situations malsaines au travail et qui tombent dans un engrenage terrible.

Le burn-out, c'est le niveau le plus violent de la souffrance au travail, dont l'issue est bien souvent dramatique. C'est la conséquence d'un stress, dans le cadre professionnel, en constante augmentation depuis des années en Suisse. Alors que le travail devrait être aussi un lieu d'épanouissement, il est devenu trop souvent un lieu de souffrance, dans notre pays. Quelques chiffres illustrent bien ce durcissement du climat de travail. Selon l'étude de Promotion Santé Suisse de 2018, ce sont 27,8 pour cent des salariés qui se sentent épuisés émotionnellement. Cela conduit d'ailleurs à une perte de productivité massive pour l'économie suisse, évaluée à 6,5 milliards de francs, soit environ à 1 pour cent du PIB national.

Aujourd'hui, le burn-out n'est pas reconnu comme maladie professionnelle. Il n'est donc pas pris en charge par l'assurance-accidents. Concrètement, une personne connaissant un burn-out se trouvera dans une situation qui n'est pas véritablement reconnue et pourra espérer, après un parcours du combattant, une prise en charge limitée par la LAMal, en étant considéré, bien souvent, comme souffrant d'une dépression. Or non seulement cela ne correspond pas à la réalité du burn-out, mais surtout c'est aujourd'hui l'ensemble de la société qui paye - nous toutes et tous par le truchement de nos primes d'assurance-maladie - pour un problème qui est lié intrinsèquement aux conditions de travail et aux entreprises.

En quoi une reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle serait-elle positive? Tout d'abord, cela conduirait à une prise en charge par l'assurance-accidents et non par l'assurance-maladie, impliquant une prise en charge plus en phase avec la réalité vécue par le salarié et avec sa future réinsertion professionnelle.

Ensuite, vu l'obligation d'annoncer les cas, une telle reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle permettrait de connaître l'ampleur du phénomène - nous n'avons évidemment pas de chiffres aujourd'hui - et les entreprises pourraient ainsi mieux détecter les problèmes et mettre en place des mesures préventives afin d'éviter l'apparition du phénomène. L'assurance-accidents pourrait en outre enquêter, vu l'obligation d'annonce, sur les conditions de travail au sein des entreprises concernées par des cas de burn-out à répétition.

Enfin, une reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle serait aussi une reconnaissance sociale du problème, qui est tant attendue par toutes les personnes concernées. Cela rendrait aussi possible la mise en place de campagnes de prévention auprès des entreprises.

On entend déjà les arguments des opposants, et nous les avons entendus en commission. Le premier, c'est de nous dire que le burn-out est multifactoriel. Mais tout est multifactoriel! Les autres accidents et maladies professionnels sont en grande partie aussi multifactoriels. Comme pour les autres situations, il existe des procédures, qui fonctionnent, pour examiner les cas et déterminer s'il s'agit d'une maladie professionnelle au sens de la loi sur l'assurance-accidents. Le deuxième argument qui est souvent utilisé, c'est qu'il n'existe pas de définition médicale, de consensus médical autour du burn-out. Malheureusement pour les opposants à mon initiative, cet argument ne tient absolument plus. L'OMS a adopté il y a quelques jours à Genève sa nouvelle classification internationale des maladies, qui sert de base dans le domaine médical dans le monde entier, et est tombée d'accord sur une définition très précise du burn-out comme syndrome résultant d'un stress chronique au travail, qui n'a pas été géré avec succès et qui se caractérise par trois éléments: sentiment d'épuisement; cynisme et sentiment négatif lié à son travail; efficacité professionnelle réduite. Le consensus autour de la définition médicale du burn-out existe. Ce n'est donc pas un bon argument qui est utilisé-là par les opposants.

Nous connaissons toutes et tous dans notre entourage quelqu'un qui a vécu un burn-out. Or c'est la première fois que le Parlement en débat et vote sur le sujet. Cela en dit long.

Si des discussions pourraient avoir lieu sur les détails d'application d'une telle reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle, il s'agit aujourd'hui du traitement d'une initiative parlementaire en première phase et donc d'un vote de principe. Refuser d'y donner suite, sans que la commission n'ait fait la moindre autre proposition sur ce sujet, ce serait une gifle pour tous les cramés du boulot, pour toutes celles et ceux qui ont connu cette descente aux enfers, cette souffrance au travail et la difficile réinsertion professionnelle qui s'ensuit.

Je vous remercie de soutenir mon initiative parlementaire.

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