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Nantermod Philippe · Nationalrat · 2019-06-20

Nantermod Philippe · Nationalrat · Wallis · FDP-Liberale Fraktion · 2019-06-20

Wortprotokoll

En 1918, l'Agence américaine de l'alimentation et des médicaments publiait une carte de la faim en Europe. (L'orateur montre une carte) Quelques pays avaient la chance de connaître un approvisionnement suffisant: la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne et les pays nordiques. Des pays comme la Finlande, la Pologne ou la Tchécoslovaquie se trouvaient dans une situation de famine. La Suisse, comme l'Italie, comportaient la mention "serious food shortage", soit "grave pénurie alimentaire".

Je parle ici de 1918, pas de l'époque romaine ni du Bas Moyen-Age. Il y a un siècle, des millions d'Européens connaissaient la faim et ses conséquences abominables. Cent ans se sont écoulés. Aujourd'hui, on a arrêté de mesurer la faim sur notre continent. Aujourd'hui, elle est considérée chez nous comme disparue. Depuis, la population mondiale a augmenté de 6 milliards d'êtres humains, et pourtant le nombre de personnes sous-alimentées a décru. Cette évolution extraordinaire dans l'histoire de l'humanité s'explique par plusieurs facteurs, mais l'un des plus importants est clairement l'amélioration des techniques de production. La fixation de l'azote a permis de créer des engrais artificiels qui ont sauvé des centaines de millions de vies humaines, probablement des milliards. [PAGE 1266]

Face aux conditions climatiques et environnementales, aux sécheresses, aux parasites et aux champignons - qui détruisent des récoltes -, le génie humain a apporté des réponses fantastiques. La moitié de la population mondiale ne serait pas vivante aujourd'hui sans tous ces produits. Les pesticides, c'est peut-être politiquement incorrect de le dire, ont sauvé, sauvent et sauveront encore beaucoup de vies.

Toutes les formes de technologies agricoles ont connu des progrès fulgurants. Il y a cent cinquante ans, il fallait vingt-cinq hommes pendant une journée entière pour récolter et battre une tonne de céréales. Aujourd'hui, une personne peut s'en charger en six minutes. La productivité a été multipliée par un facteur deux mille cinq cents. Aux Etats-Unis, à la fin du XIXe siècle, il fallait travailler mille sept cents heures pour nourrir une famille pendant un an. On est aujourd'hui en dessous de deux cent cinquante heures. On peut encore comparer les calories quotidiennes à disposition des gens, la taille moyenne des individus, qui illustrent l'amélioration de la croissance.

Le ventre plein, on a tendance à oublier les progrès techniques qui font que le monde dans lequel on vit n'a rien à voir avec celui d'il y a un siècle, et même d'il y a trente ans pour d'autres parties du monde.

Nous vivons une période extraordinaire dans l'histoire de l'humanité. Nous visons l'éradication complète de la faim dans le monde d'ici à 2030. Rien n'est toutefois acquis. Si nous cédons à l'obscurantisme antitechnologique, nous refusons aussi les progrès qui en découlent. On a estimé, en France, que près de la moitié de la production céréalière serait vouée à la destruction sans produits phytosanitaires.

Ces progrès techniques, nous en débattons aujourd'hui. Deux initiatives populaires se limitent à leurs aspects négatifs, qui existent, ne le nions pas. Mais, de la même manière que les effets secondaires d'un médicament ne doivent pas nous faire oublier ses vertus, la mise au ban généralisée des produits phytosanitaires est non seulement disproportionnée, mais aussi dangereuse.

La Suisse est une terre d'innovation, pas une terre d'interdiction. Vous voulez manger bio, achetez bio. Vous voulez moins de pesticides dans vos jardins, utilisez-en moins. Nous avons déjà décidé de bannir le génie génétique dans l'agriculture, pour des motifs idéologiques, pour des raisons qui relèvent de la croyance, fondée sur des sondages d'opinion, pas sur la science.

Nos autorités analysent les produits phytosanitaires au quotidien, fixent des normes d'utilisation, interdisent les produits dangereux. Douze produits ont été interdits au début du mois par l'Office fédéral de l'agriculture. La législation fédérale, notamment l'ordonnance sur les produits phytosanitaires, prévoit déjà l'homologation des pesticides. Les substances dangereuses sont retirées du marché; elles sont analysées au cas par cas. C'est la réponse adaptée aux craintes que l'on peut nourrir à l'égard des pesticides.

On peut encore ajouter la Politique agricole 2022 plus, qui prévoit des mesures en la matière. Rejetée par le Parlement et renvoyée au Conseil fédéral, elle fera l'objet d'un vote par notre Parlement à peu près en même temps que les initiatives populaires seront devant le peuple. Celles et ceux qui prétendent que nous ne voulons rien faire n'ont qu'à retourner à la Politique agricole 2022 plus et examiner qui l'avait acceptée et qui l'avait rejetée, y compris ses mesures écologiques.

Pour ces raisons, j'ajouterai ma voix à celles des élus qui refuseront les deux initiatives parlementaires et un éventuel contre-projet, dont le contenu ne peut qu'être plus mauvais que la législation en vigueur.