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Reynard Mathias · Nationalrat · 2019-09-10

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-10

Wortprotokoll

Je prends la parole pour défendre le postulat 17.3704, "Harcèlement de rue. Evaluer l'ampleur du phénomène et les mesures possibles pour le combattre".

Commençons par un rappel: le harcèlement de rue désigne les comportements adressés aux personnes dans les lieux publics, visant à les interpeler - verbalement ou non -, en leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants, en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Les principales victimes sont les femmes et les personnes LGBT. Il s'agit d'un problème sérieux, qui remet en question le principe d'égalité dans l'accès à l'espace public. Bien souvent, les victimes sont contraintes de développer des stratégies pour ne plus être confrontées à ce harcèlement, par exemple en modifiant leurs comportements, leurs vêtements, leurs habitudes de transport ou encore la fréquentation de tel ou tel espace public. Ce n'est pourtant pas aux victimes de changer de comportement, mais c'est bien au monde politique d'agir pour contrer ce phénomène.

Ce postulat a été déposé en septembre 2017, pour donner en fait suite à une interpellation de mars de la même année, dans laquelle je m'inquiétais de l'ampleur du harcèlement de rue et de la passivité du monde politique face à ce fléau du quotidien.

A l'époque, la ville de Lausanne venait de révéler pour la première fois, dans une étude solide, les chiffres relatifs à cette problématique dans une région de Suisse. Et ces chiffres faisaient froid dans le dos: 72 pour cent des femmes âgées de 16 à 25 ans interrogées affirmaient avoir été confrontées à au moins un épisode de harcèlement de rue dans les douze derniers mois. Pour 50 pour cent des victimes, les épisodes de harcèlement se sont produits au moins une fois par mois. Ces chiffres impressionnants ne font en fait que confirmer la réalité répertoriée dans d'autres pays européens.

Estimant que la problématique ne concernait pas que la ville de Lausanne, mais bien l'ensemble du pays, j'avais décidé d'interpeller le Conseil fédéral pour lui demander s'il possédait des chiffres sur le harcèlement de rue au niveau national et s'il entendait mettre en oeuvre quelque chose pour lutter contre ce phénomène.

La réponse du Conseil fédéral à ces questions tient en trois lettres: non. Vous pouvez le vérifier par vous-mêmes dans l'avis du Conseil fédéral en réponse à l'interpellation 17.3150, "Harcèlement de rue. Que compte faire le Conseil fédéral pour lutter contre ce fléau du quotidien?". La légèreté avec laquelle le Conseil fédéral a répondu à cette interpellation sur un phénomène pourtant grave montre bien que le gouvernement ne prend pas du tout au sérieux ce qui est en fait au quotidien un fléau pour de nombreuses personnes.

J'ai donc déposé le présent postulat, qui charge le Conseil fédéral de présenter un rapport sur la question du harcèlement de rue. Il devra y évaluer l'ampleur du phénomène sur le territoire helvétique et, surtout, les mesures mises en place en Suisse et dans d'autres pays pour lutter contre ce fléau du quotidien. L'objectif est double. Premièrement, quantifier le problème, évaluer son ampleur, afin de susciter évidemment une prise de conscience ainsi que de voir quelles catégories de personnes sont particulièrement concernées. Il semble clair, après consultation d'une récente étude britannique, que le phénomène touche tout spécialement les très jeunes femmes: 81,5 pour cent des Européennes ont été harcelées en public avant l'âge de 17 ans, selon cette étude.

Deuxièmement, il s'agira de faire un inventaire des possibilités d'action et des bonnes pratiques existantes dans des villes ou des cantons suisses, ainsi que dans d'autres pays. Vous le savez peut-être, le Portugal et la France ont modifié récemment leur arsenal pénal pour lutter contre le harcèlement de rue. De nombreux autres pays ont mis en oeuvre des campagnes de sensibilisation et de prévention pour lutter contre ce phénomène, par exemple des campagnes d'affichage dans les transports publics.

Dans son avis, le Conseil fédéral nous rappelle que la Confédération ne doit pas s'en mêler et a le devoir de laisser cette compétence aux cantons. Mais notre Constitution fédérale contient le principe de lutte contre les discriminations basées sur le sexe, qui sont au coeur des actes de harcèlement de rue. Plutôt que de laisser chaque canton, voire chaque ville, réaliser sa petite étude et mettre en place sa petite stratégie dans son coin, nous pouvons jouer un rôle d'appui aux cantons et aux communes en réalisant une étude globale et en listant, simplement, les bonnes pratiques qui existent déjà. Il s'agirait d'une solution efficace, peu coûteuse et moins bureaucratique.

Ce postulat ne demande pas plus. Il propose simplement de prendre ce phénomène au sérieux, de ne pas considérer qu'il s'agit d'une fatalité et d'envisager les différentes pistes d'action possibles.