Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2019-09-19
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-19
Wortprotokoll
Voilà deux ans, l'ancien conseiller fédéral Didier Burkhalter, s'exprimant dans la presse, disait: "Notre sécurité ne commence pas à notre frontière." On peut acheter des tanks, on peut acheter des lance-mines; on ne va certainement pas les utiliser, parce que nous sommes entourés de pays amis et imaginer une guerre au centre de l'Europe dans les prochaines décennies est tout à fait illusoire. Le Conseil fédéral en convient et tous les experts répètent la même chose: il y a d'autres risques, des guerres hybrides, par exemple, des problèmes de terrorisme, et il faut garder une armée pour s'en prémunir. Mais c'est surtout la police qui est importante.
Par contre, toute la paix qu'on générera dans le monde qui nous entoure, c'est autant de paix qu'on aura indirectement chez nous, également moins de phénomènes migratoires, autrement dit beaucoup d'éléments positifs qui ressortent très clairement dans ce domaine.
J'aime beaucoup citer l'exemple du Kosovo, où notre armée est présente depuis plusieurs années, par l'intermédiaire de la Swisscoy, dans le cadre de la KFOR. J'ai visité la Swisscoy et j'ai pu prendre la mesure de l'engagement de nos soldats, qui sont sur le terrain, en contact avec la population, ce qui produit de la sécurité. Leur présence permet d'anticiper les situations dangereuses et, dans les zones où il y a de fortes tensions entre Serbes et Kosovars, notamment à Mitrovica, les soldats sont là pour servir de tampon entre ces différentes populations.
Si le Kosovo veut se développer, il est fondamental que la sécurité y règne. En effet, les milieux économiques s'engageront uniquement s'il y a un minimum de sécurité. Et dès le moment où il y a de la sécurité, les investissements et le développement économique suivent et tout s'enchaîne: les gens sont plus satisfaits; il y a moins de tensions; le pays décolle et se développe. La promotion de la paix, la sécurité humaine et l'aide au développement sont véritablement intimement liées.
Je reste un peu sur ma faim par rapport à la politique menée dans ce domaine par la Confédération. On nous explique depuis longtemps qu'on aimerait déployer 500 militaires à l'étranger. Or, pour l'instant, on en est qu'à la moitié de cet effectif. Dans la réponse du Conseil fédéral, j'ai senti une volonté d'aller plus loin et j'encourage vraiment ce type de développement. On peut envoyer des forces militaires, comme au Kosovo, mais pour cela il faut des mandats d'organismes internationaux. On peut aussi envoyer simplement des détachements de policiers, de gardes-frontière, dans certains pays - je pense notamment à des pays d'Afrique -, où les forces de sécurité ont besoin de compétences extérieures pour avancer, pour apprendre, pour utiliser véritablement les bonnes pratiques afin de renforcer la sécurité humaine et [PAGE 1695] l'Etat de droit. Et notre pays peut fournir cela. Je le répète: tout ce que nous ferons pour rendre plus sûrs ces pays est très important.
Je terminerai en disant que j'ai été très intéressé par la réponse du Conseil fédéral. Je me permettrai d'écouter celle de Madame la conseillère fédérale, dans laquelle elle exposera le fait qu'il y a une volonté claire d'aller de l'avant dans ce dossier - et j'aurais clairement tendance à lui faire confiance -, et je me permettrai peut-être, après son explication, de prendre position et éventuellement de retirer ma motion. En effet, je ne souhaite pas que la majorité au Parlement - la droite - profite de ce texte pour s'attaquer à la promotion militaire de la paix. Je vous rappelle que c'est l'une des trois missions constitutionnelles de l'armée dans notre pays et qu'elle est pour moi très importante.