AB 255434
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2019-12-10
Wortprotokoll
En 2018, un demi-million de personnes ont, en Suisse, consommé du cannabis contenant plus de 1 pour cent de THC, malgré son interdiction. Ce sont les chiffres de l'Office fédéral de la santé publique, qui montrent aussi que le cannabis est de loin la substance illicite la plus consommée en Suisse. Dans certaines villes du pays, il est plus facile de se procurer du cannabis que du pain le dimanche matin. Ce n'est pas le résultat du laxisme des pouvoirs publics, mais bien celui d'une gestion complètement incohérente des drogues. En effet, la vente du cannabis n'est pas contrôlée par l'Etat, comme l'est celle de l'alcool ou du tabac, mais elle est aux mains des mafias. Le deal de rue, qui est une hydre dont aucun pays n'arrive à se défaire, consiste à vendre le plus possible à tous les clients possibles, y compris aux enfants, et porte sur des produits dont la qualité, ou plutôt l'absence de qualité, peut être dangereuse. Ainsi, le marché noir est tout-puissant, alors que la prévention est inexistante: vous conviendrez qu'il nous faut un nouveau cadre légal.
Comme c'est le cas avec l'alcool et le tabac, nous devons pouvoir réguler le marché et porter un message de prévention, délivrer un message plus efficace que celui consistant simplement à dire "Fumer, c'est mal!", comme nous le faisons actuellement. En coupant l'herbe sous les pieds des dealers, nous pouvons prendre le contrôle de la vente, décider à qui, quand, quoi et combien, agir sur les prix et transmettre un message de prévention construit, comme nous le faisons avec la prévention de l'alcoolisme et du tabagisme. Il est temps, car la consommation augmente et le système favorise une consommation non contrôlée de cannabis, qui peut avoir parfois des effets dramatiques, comme c'est le cas pour toutes les drogues, puisque, il faut le rappeler et le rappeler encore, l'addiction est une maladie et nous devons nous donner les moyens d'accompagner les personnes qui en souffrent. Pour pouvoir le faire, nous avons besoin d'un nouveau cadre légal.
De plus, derrière chaque consommateur et chaque consommatrice se trouve une famille, des proches qui se retrouvent confrontés à des situations très lourdes. Or, la réponse que nous donnons actuellement consiste en une interdiction qui n'est pas adoptée par la population, puisqu'un demi-million de personnes consomment du cannabis, et à laisser le champ libre au marché noir. Cette réponse inefficace laisse les proches désemparés. L'enjeu du débat d'aujourd'hui est bien celui-ci: regarder cette réalité en face, constater l'échec et prendre ses responsabilités en essayant autre chose.
C'est pour cela que l'entrée en matière sur le projet de modification de la loi sur les stupéfiants est nécessaire. Il s'agit de laisser aux communes et aux cantons qui le souhaitent, comme ma commune, Lausanne, et mon canton, le canton de Vaud, la possibilité de tester une autre solution, quelque chose qui fonctionne peut-être mieux.
Des études scientifiques objectives sur la consommation récréative de cannabis nous donneront des données scientifiques sérieuses. Elles nous permettront de mener un débat constructif pour trouver un nouveau cadre légal qui fonctionne et qui se préoccupe véritablement de la santé de toutes et tous. Limité dans le temps et très contrôlé, ce test ne donnera que cela: des données permettant de discuter ici avec toutes les informations en main. S'il est concluant, eh bien nous pourrons discuter d'un nouveau cadre légal qui sera de toute façon examiné par le Parlement. S'il est décevant, eh bien la réglementation, d'un point de vue de la santé publique, sera une question réglée.
Il y a quelques semaines, dans le canton de Vaud, mes collègues du Grand Conseil ont voté pour que le canton soit associé à ce test. Des soutiens ont été émis par des membres de tous les partis, y compris des membres de l'UDC, car toutes et tous savent que nous devons trouver de nouveaux modèles. En essayant une autre manière de traiter le [PAGE 2207] cannabis, c'est une chance peut-être de trouver une meilleure réponse face à cette drogue.
Le groupe des Verts vous encourage à faire preuve du même bon sens en soutenant l'entrée en matière sur la modification de la loi sur les stupéfiants et répondre ainsi à une alliance forte qui s'est formée en 2018 avec des représentants du PLR, du Parti vert'libéral, des Verts - Mme Regula Rytz porte ce projet pour les Verts - et du PS. Ils ont travaillé ensemble pour faire avancer ce projet. Il est temps maintenant de concrétiser ce travail.