Reynard Mathias · Nationalrat · 2019-12-17
Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-12-17
Wortprotokoll
Je prends à mon tour la parole au sujet de l'initiative populaire "pour des soins infirmiers forts", déposée en novembre 2017 par l'Association suisse des infirmiers et infirmières. Cette initiative vise à remédier à la pénurie de personnel infirmier qui touche notre pays, à reconnaître les compétences des infirmières et infirmiers et à renforcer l'attrait de la profession, notamment au travers des offres de formation. Elle veut également poser des conditions-cadres favorables pour le métier et la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle.
Comme beaucoup de choses ont été dites, je me concentrerai sur les aspects liés à la formation, sur lesquels d'ailleurs la Commission de la science, de l'éducation et de la culture, lors de sa séance du mois d'octobre dernier, s'est penchée avant de prendre position en faveur d'une véritable offensive - cela peut passer par un contre-projet solide - en faveur d'une revalorisation du métier et en termes de formation.
L'enjeu découlant du vieillissement démographique et de la pénurie de personnel qualifié est de taille. Les chiffres ont déjà été donnés: selon les pronostics du Conseil fédéral, il [PAGE 2294] faudra d'ici à 2025 près de 40[NB]000 personnes supplémentaires dans les domaines des soins et de l'accompagnement. Le rapport de l'Observatoire suisse de la santé fait état d'un besoin relativement accru en personnel soignant. Selon le scénario de référence, il faudra engager 65[NB]000 personnes supplémentaires d'ici à 2030.
Les chiffres sont impressionnants et nous donnent évidemment une responsabilité. Or la réalité est que le nombre de diplômes délivrés est chaque année largement insuffisant. En 2017, 2700 personnes ont été formées alors qu'il aurait fallu 6075 nouveaux diplômés pour assurer les besoins. Que ce soit par le biais de l'initiative populaire ou par le biais du contre-projet sur lequel nous débattons également aujourd'hui, il est urgent d'augmenter le nombre de diplômes en soins infirmiers délivrés tant par les écoles spécialisées que par les hautes écoles spécialisées.
Plusieurs pistes sont possibles et plusieurs pistes sont évoquées tant par les initiants que par les membres de la commission au travers du contre-projet que je viens de mentionner: l'augmentation du nombre de places de stage pour les[NB]hautes écoles spécialisées - il s'agit d'un véritable problème -, les aides à la formation, l'encouragement financier des filières en soins infirmiers, la protection des dénominations professionnelles ou encore la reconnaissance des diplômes selon l'ancien droit.
La situation actuelle, en raison des investissements insuffisants dans le domaine des soins infirmiers, nous conduit à une grande hypocrisie et au recrutement d'une bonne partie du personnel des soins à l'étranger. Je le répète, selon le rapport de l'Observatoire suisse de la santé, pas moins de 40 pour cent du personnel engagé entre 2010 et 2014 provenaient de l'étranger. Ces chiffres sont confirmés par d'autres études également récentes. A cette problématique s'ajoute la pénibilité du travail et le manque de valorisation d'une profession pourtant essentielle à notre société et à notre futur.
Le message du Conseil fédéral relève que 45,9 pour cent des infirmières et infirmiers diplômés quittent la profession. Il y a donc un véritable enjeu: il s'agit non seulement de renforcer l'attrait de la profession et d'amener de nouvelles personnes dans ce domaine, mais aussi d'y maintenir celles qui se sont formées en suivant des formations exigeantes et qui, après quelques années, vu la pénibilité du travail, vu le manque de valorisation de cette profession, souhaitent quitter le métier. L'initiative populaire apporte à cela aussi une réponse en chargeant la Confédération, d'une part, de s'impliquer pour assurer des conditions de travail décentes dans la profession et une rémunération appropriée des infirmiers et infirmières et, d'autre part - évidemment -, de s'engager pour ouvrir des possibilités de développement professionnel aux personnes exerçant dans le domaine des soins infirmiers.
Parce qu'il s'agit d'une profession qui touche à l'humain et sans doute parce qu'il s'agit d'une profession essentiellement féminine, le métier d'infirmière et d'infirmier est dévalorisé et ne bénéficie pas des conditions qui devraient être les siennes vu le niveau de formation et de compétences du personnel ainsi que les responsabilités que ce dernier assume pour nous toutes et tous.
Je vous remercie donc du soutien que vous apporterez à l'initiative et, si ce n'est pas le cas, à un contre-projet solide et qui tienne la route.