Walder Nicolas · Nationalrat · 2019-12-18
Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2019-12-18
Wortprotokoll
A l'instar de ce qui se passe à Perly-Certoux à Genève, l'inquiétude des habitants confrontés à des actes criminels totalement inacceptables est légitime. Comme l'est d'ailleurs leur demande qu'on y apporte des réponses concrètes.
Pourtant, cette demande mériterait mieux qu'un portrait totalement caricatural des régions frontalières, dépeintes en espaces de non-droit, gangrénées par des bandes de criminels armés. Elle mériterait mieux aussi que l'obstination de certains à désigner l'étranger de facto coupable de tous les crimes commis dans ces régions, sans aucune analyse sérieuse des faits. Il faut dénoncer cette récupération politique d'une situation délicate, qui peut non seulement conduire à des drames humains, mais aussi à retarder la recherche de solutions efficaces.
Malheureusement, l'UDC ne se contente pas de caricaturer la situation. Elle nous propose aussi des réponses à l'emporte-pièce qui n'apporteront probablement aucune solution tangible pour les habitants. Oui, la réalité est complexe. Et même si certains criminels viennent bien de l'étranger, le renforcement des postes-frontières ne sera que de peu d'utilité.
Prenons l'exemple du transport de fonds en région genevoise, qui a été le prétexte de cette énième interpellation. Dans ce cas précis, les attaques sur les convois sont effectivement souvent perpétrées par des bandes d'individus très bien organisées, venant de la région lyonnaise. Pourtant, au vu de la minutie avec laquelle ils planifient leurs actes, il est fort probable que ce ne sont pas quelques tracasseries douanières qui pourraient les en dissuader. En cas de renforcement des contrôles aux frontières, ces individus auront vite fait de trouver une parade, par exemple en faisant transporter leurs armes dans des camions de marchandise et, ainsi, pouvoir entrer dans notre pays, le sourire aux lèvres, comme de simples touristes.
Si l'on veut vraiment réduire le nombre d'attaques de convois de fonds, il faudrait commencer par s'interroger sur les raisons qui les poussent à commettre leurs actes chez nous. Il semblerait que leur présence ne soit pas due à un hypothétique laxisme de nos polices cantonales ou de nos contrôles aux frontières, mais bien plutôt à l'introduction par nos voisins français d'un cadre légal particulièrement dissuasif pour les voleurs, qui non seulement fixe une limite aux sommes transportées, mais introduit aussi, en cas de vol, un système de destruction automatique des billets à l'aide de peinture.
Les réponses aux légitimes préoccupations de la population ne se trouvent pas prioritairement dans le renforcement des effectifs aux postes-frontières, mais surtout dans l'intensification de la collaboration de nos polices cantonales avec nos homologues européens afin de pouvoir approcher chaque problème de sécurité dans toute sa globalité et complexité et, ainsi, apporter aux citoyennes et aux citoyens des réponses ciblées, avec des mesures peut-être moins spectaculaires, mais beaucoup plus efficaces pour les protéger.
Pour finir, je profite de cette occasion pour inviter les groupes UDC, PLR et du centre à intervenir auprès de leurs députés genevois afin qu'ils cessent leur opposition à l'engagement d'une centaine de membres de la police cantonale, lequel vise à pouvoir enfin renforcer la sécurité dans notre canton. Vous en conviendrez, il n'y a rien de mieux pour la sécurité dans nos cantons que la présence de nombreuses et nombreux policières et policiers cantonaux.