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Marra Ada · Nationalrat · 2020-03-04

Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-03-04

Wortprotokoll

"Connasse atteinte de vacuité intellectuelle grave caractérisée par une nullité abyssale."

"Pourquoi ta mère n'a pas plutôt avalé?"

"Lorsque vous baisez avec votre mari, lui déroulez-vous un préservatif sur la bite?"

"Pratiquez-vous la sodomie lors des rapports sexuels?"

"Vas-y, c'est quoi ton problème, sale pute? J'ai envie de te mater, tu tombes bien. Gauchiste de mes couilles. Allez, viens débattre sale pute!"

"Dis voir, le laideron, c'est parce que t'as trouvé personne pour te faire grimper ton minet vermoulu que t'as la rage comme ça?"

"Une balle dans la tronche et cela te fera beaucoup de bien!"

"Cela te dit que je te casse les dents? Fais attention à toi, on ne sait jamais!"

Ce tout petit florilège ne vient pas couronner une carrière politique dans son ensemble. Non, c'est le genre de message que l'on reçoit parfois en quelques instants suite à une prise de parole publique et politique.

Nous sommes plusieurs dans cet hémicycle, femmes ou hommes, de droite ou de gauche, à avoir alerté sur un phénomène en recrudescence aussi dans le cercle politique, à savoir une violence verbale à notre encontre pouvant aller de la "simple injure" jusqu'à la menace physique. Il est compliqué de parler de ce sujet, car cela nous enferme, en tout cas pour un instant, dans le rôle de la victime. Personne n'aime cette place. Ni les personnes concernées, ni celles et ceux que l'on veut conscientiser. Il est difficile de prendre cette place parce que nous savons ici que nous sommes des privilégiés sous bien des aspects par rapport à nos concitoyennes et concitoyens. Pourtant, il nous faut aussi faire la lumière sur un pan peu glorieux de notre profession. Ce phénomène n'est pas équivalent dans l'intensité et sa forme pour chacune et chacun d'entre nous. Selon une étude publiée en 2016 et 2018 par l'Union interparlementaire et l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, les élues de sexe féminin sont plus exposées que leurs collègues masculins, particulièrement dans l'espace digital.

Plusieurs collègues, de droite à gauche, soutiennent ma motion parce qu'il est temps d'agir. Et parce que le Parlement s'est aussi féminisé. Bien sûr que chacune et chacun d'entre nous s'est posé la question, après tant d'années de violences gérées individuellement, s'il était bien nécessaire d'en faire étalage et d'agir, sachant à quoi il s'expose en dénonçant ces pratiques.

La réponse, pour les signataires de cette motion, c'est oui. Je vois essentiellement deux raisons pour cela. D'abord, il faut sortir de la croyance que c'est un problème individuel. C'est un problème collectif. Collectif parce que le phénomène a pris une telle ampleur dans toute la société que cela a des conséquences sur le débat démocratique. Le débat n'est désormais pas possible dans certains espaces publics. Et si le problème est collectif, les solutions doivent aussi être collectives.

Il est également temps d'agir, parce qu'il est évident que cette forme de violence décourage les personnes intéressées à la politique d'en faire. Parce que lorsqu'on se lance dans la vie politique, on ne devrait jamais recevoir ce genre de texte. Le mythe du politicien ou de la politicienne avec une peau d'éléphant, qui doit tout supporter, sinon il ou elle doit changer de métier, est une excuse. Une excuse pour ne pas vouloir changer un système structurel de débat. Notre démocratie à chérir mérite le dialogue, non la confrontation violente. Il faut commencer par un bout, de la prévention numérique aux procédures de dénonciation.

C'est ce dernier aspect dont traite ma motion. Nous sommes insultés, menacés, harcelés parfois, et ce dans le cadre de notre travail, de notre fonction. C'est donc aux structures du Parlement de nous accompagner dans cette démarche. Il est terminé le temps de la relégation de la violence dans la sphère privée. Il est temps d'agir publiquement et collectivement.