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Vara Céline · Ständerat · 2020-03-10

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-03-10

Wortprotokoll

L'initiative du canton du Jura 19.302 a été déposée en janvier 2019. Le Conseil fédéral annonçait alors la publication du texte de l'accord avec le Mercosur pour la deuxième partie de l'année écoulée, et, de manière pertinente, le Jura et d'autres cantons et acteurs politiques ont alors déployé leurs arguments pour ou contre cet accord.

Plus d'une année s'est écoulée depuis le dépôt de l'initiative, mais les termes de l'accord tardent à être dévoilés. La loi sur l'Assemblée fédérale ne prévoyant qu'une année pour le traitement de l'initiative d'un canton, il n'a pas été possible de suspendre son traitement dans l'attente de connaître le texte de l'accord, ce qui aurait été sensé.

Néanmoins, les questions de forme sont ici secondaires. Quand une proposition nous est présentée, nous devons nous positionner sur les questions de fond qu'elle soulève. En effet, le communiqué de presse du Conseil fédéral ne laisse aucun doute quant à la teneur de cet accord, notamment au sujet des denrées agricoles. Cette initiative du canton du Jura est à mon sens pertinente, à plus d'un titre, quant aux questions de fond qu'elle soulève. Les paysannes et les paysans suisses ont été parmi les premiers à faire part de leurs craintes. Et pour cause: il en va de la survie de la paysannerie suisse, qui sera la branche la plus impactée par un accord qui facilite les importations de produits concurrents, en particulier de quantités conséquentes de viande. Les derniers chiffres articulés parlent de 3000 tonnes de viande de boeuf et de 1000 tonnes de viande de poulet.

Nous imposons des standards de qualité à nos paysannes et paysans, mais nous voulons faciliter les échanges avec le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, qui utilisent en grande quantité des produits phytosanitaires, cultivent des OGM et dopent leur bétail aux hormones de croissance. Notre agriculture ne fera jamais le poids face à des importations massives et à bas prix de denrées alimentaires similaires, par exemple la viande, mais également en ce qui concerne la production de fruits, dont on sait que ces pays sont de grands producteurs, ou encore de vin, alors que les caves de nos vigneronnes et vignerons sont pleines. Oui, cet accord comprend également le vin et on parle ici d'environ 35[NB]000 hectolitres.

Les consommatrices et consommateurs sont également très critiques. Campax, organisation à l'origine de campagnes et de mobilisations en Suisse, notamment par le biais de pétitions en ligne, a récolté pas moins de 67 300 signatures en moins d'une semaine, du jamais vu, selon les responsables. Les motivations sont évidemment de santé publique, mais également écologistes.

Nous savons dans quelles conditions la viande est produite au Brésil, par exemple. Les animaux sont nourris avec du soja génétiquement modifié, souvent lui-même cultivé à la place d'anciennes forêts tropicales déboisées. Personne ne profite de cette situation: ni les consommatrices et consommateurs, qui veulent des aliments de bonne qualité, ni les agricultrices et agriculteurs, qui sont forcés de faire diminuer au maximum les coûts de production aux dépens de l'environnement. Forêts en feu et déforestation, communautés autochtones chassées, au Brésil, la demande mondiale en viande bovine, en fourrages pour le bétail, en huile de palme ou en or détruit l'environnement et met en danger l'existence des peuples autochtones et la biodiversité mondiale. Une surface équivalant à trois terrains de football disparaît chaque minute dans la forêt amazonienne brésilienne. Chaque jour, des denrées alimentaires que l'on produit pourtant déjà en Suisse font des milliers de kilomètres - et autant d'émissions de CO2 - pour se retrouver sur nos rayons et concurrencer notre production locale. Est-ce vraiment ce que nous voulons?

Les feux en Amazonie ont rendu visible la réalité de la politique économique basée sur le profit au détriment de l'environnement, des droits humains et des populations autochtones. Malgré cela, et malgré la demande expresse d'Alliance Sud, un groupe des plus importantes ONG en Suisse, il n'a pas été donné suite à la demande de réaliser une étude d'impact de l'accord sur le développement durable.

L'agriculture représente un secteur important pour un canton comme celui du Jura, lequel s'emploie, comme d'autres cantons, à mettre en oeuvre toute une série de mesures pour favoriser les circuits courts entre les consommateurs et l'agriculture. Il ne s'agit pas de se fermer au reste du monde, mais bien, plutôt, de s'ouvrir au monde de manière solidaire et durable; de prendre les décisions les plus judicieuses en ce qui concerne l'utilisation de nos ressources, la valorisation de notre savoir-faire, et la préservation de notre environnement. Le défi climatique, qui est également un défi sanitaire et humanitaire, commande que nous soutenions les efforts des cantons dans la promotion d'une agriculture durable, locale et éthique.

Les ressources vitales, l'eau, la nourriture, ne sont pas des produits comme les autres. Ce qui paraissait peut-être juste hier ne l'est plus aujourd'hui. Pour le canton du Jura, l'agriculture durable est prioritaire. Son Grand Conseil a voté massivement en faveur de cette initiative. Tous les partis l'ont soutenue, preuve que cette question dépasse les clivages politiques. Je suis absolument convaincue que les générations futures nous remercieront d'avoir privilégié la durabilité, la proximité et l'économie circulaire.

C'est pourquoi je soutiens cette initiative du canton du Jura et vous invite à en faire de même.