Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · 2020-03-11
Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-03-11
Wortprotokoll
L'interdiction de financer les armes nucléaires, les armes biologiques, les armes chimiques ou les mines antipersonnel est évidemment essentielle, mais cela ne suffit pas. Et même si son influence est restreinte, la Suisse peut donner un signal; elle peut servir de modèle; elle peut montrer l'exemple. C'est précisément ce que défend l'initiative "pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre", directement adressée à la place financière suisse.
Nous le savons très bien, cette place financière joue un rôle certain en Suisse, tant sur la question climatique, alors qu'elle investit massivement dans les énergies fossiles, que sur la question des guerres dans le monde entier, quand elle accepte de financer des producteurs de matériel de guerre.
Le Secrétariat d'Etat à l'économie notait d'ailleurs très récemment, pas plus tard qu'aujourd'hui, en s'appuyant sur un rapport publié début mars, que les ventes de matériel de guerre à l'étranger avaient augmenté de 43 pour cent. Les pays concernés sont le Danemark, l'Allemagne, mais aussi le Bangladesh. Comment comprendre, aujourd'hui, cette Suisse qui est prête à financer des conflits et, en parallèle, à soutenir activement le réseau diplomatique?
Aujourd'hui, l'Afghanistan, le Yémen, le Soudan du Sud, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Syrie, l'Irak, le Mali, le Nigeria ou encore la Somalie sont en guerre. Des guerres qui font des morts, des ravages dans la société et dont les premières victimes sont souvent des enfants. Un récent rapport de l'ONG Save the Children précisait qu'en 2017, 18 pour cent de tous les enfants du monde - c'est-à-dire près de 420 millions d'enfants - vivaient dans des zones touchées par des conflits, soit presque 1 enfant sur 5, qui souffre de la faim, du manque d'hygiène ou d'accès aux soins de santé, autant de conséquences directes de la guerre.
La Suisse, évidemment, ne doit pas être partenaire de la guerre, au contraire. Elle doit jouer un rôle clé pour la paix dans le monde. Pour les Verts, le financement de matériel de guerre n'est pas digne d'un pays neutre qui dit oeuvrer pour la paix. La Suisse doit exporter son aide et des solutions pacifistes et, évidemment, la Suisse ne doit pas exporter la guerre.
Les Verts ne veulent être ni témoins, ni complices. Ils refusent, sous la pression de retombées négatives qui affecteraient dans une mesure excessive l'activité de la Banque nationale suisse, mais aussi celle des fondations, des caisses de pension et des fonds de compensation, de menacer des populations entières et, par là même, de favoriser la violation des droits humains.
Les fonds de compensation annonçaient d'ailleurs dernièrement que cette initiative était raisonnable. Je pense qu'ici et aujourd'hui, la place financière doit entendre ce mot: cette initiative est raisonnable. La place financière peut s'associer à ces propos, elle pourrait le faire. Elle peut investir ailleurs. Elle peut jouer un rôle clé dans les investissements durables et dans l'aide humanitaire.