Lexipedia

Bendahan Samuel · Nationalrat · 2020-05-05

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-05-05

Wortprotokoll

Je commencerai par rendre un hommage sincère à Mme Amaudruz qui, à la fin de son intervention, a extrêmement bien résumé la position de la minorité, puisqu'elle a dit exactement ce que nous avons défendu du début à la fin, c'est-à-dire que ce sont les scientifiques qui doivent déterminer, de par leur savoir, la meilleure piste à suivre d'un point de vue sanitaire, et qu'il faut donc laisser au Conseil fédéral la compétence d'agir sur cette base. Par conséquent, je ne vous cache pas mon incompréhension qu'elle en arrive à la conclusion que, malgré tout, il faut accepter les trois motions qui vont complètement à l'opposé de ce qu'elle a dit après avoir pourtant bien compris notre position. C'est assez étonnant.

Le problème, c'est qu'il s'agit de ne pas jouer les apprentis sorciers aujourd'hui. Les sorciers, c'est qui? Ce sont les spécialistes, ce sont eux qui connaissent quelque chose qui n'est pas si simple que cela à connaître pour le commun des mortels. Ce sont eux qui doivent déterminer à quelle vitesse, comment, avec le savoir qu'on a actuellement, il convient de procéder au déconfinement.

Personne dans notre conseil et personne dans le pays ne souhaite prolonger le confinement plus longtemps que nécessaire. Personne n'a envie d'arrêter les activités alors qu'on pourrait continuer. Mais il y a bien une chose qu'il faut comprendre, et cela même si cela vous est égal qu'il y ait des morts: du point de vue économique, la meilleure décision est de ne déconfiner que lorsque les scientifiques sont le plus certain possible qu'il n'y a pas de risque de départ d'une nouvelle vague épidémique. Parce que non seulement nous devrons assumer les morts, les malades et la surcharge du système de santé qu'elle occasionnera, mais en plus nous devrons assumer l'obligation de replonger le pays dans une situation de confinement beaucoup plus longue. Le prix à payer serait plus élevé humainement et économiquement.

M. Wermuth l'a dit au sujet de la motion 20.3133: la question importante à se poser, c'est celle de savoir quel est le bon instrument pour régir le processus de déconfinement. Le Parlement est un organe dont l'action porte sur le moyen et le long terme. Il ne peut pas, chaque jour, réviser les motions qu'il dépose. Cette motion a été déposée il y a longtemps, elle a été discutée en commission il y a longtemps. Dans la situation que nous vivons, c'est un peu comme si vous conduisez une voiture dans le brouillard - c'est ce qui a été dit avant et que nous avons discuté en commission - et que vous ne voyez pas tellement loin: vous ne pouvez alors par rouler trop vite et surtout, au fur et à mesure que vous avancez, vous devez regarder à quoi ressemble la route. Ce que dit la motion que la commission a souhaité déposer, c'est qu'on doit avancer et puis, quoi qu'il arrive, continuer tout droit sur 2 kilomètres, même si, 2 kilomètres plus loin, on se rend compte que l'on va terminer dans un précipice. Adopter la motion revient à dire: "On a décidé il y a 2 kilomètres qu'on continuerait tout droit, donc on ne tourne pas." Ce que le Conseil fédéral peut faire, c'est écouter les experts qui voient un peu plus loin dans le brouillard et qui disent: "Attention! ici cela tourne, c'est mieux de ralentir, c'est mieux d'aller dans cette direction-là."

Pour les questions sanitaires, être guidé par les experts et pouvoir réagir chaque jour permet d'avoir les bonnes informations pour prendre les bonnes décisions. Décider à l'avance ce qu'on va faire alors qu'on ne connaît pas les informations, c'est la recette pour nous amener droit dans le mur ou droit dans le précipice.

J'aimerais juste vous dire une chose: l'idée qu'il faut écouter les scientifiques ne veut pas dire les écouter aveuglément. Notre rôle est de prendre ensuite les bonnes décisions pour que la situation soit la meilleure possible, compte tenu de la réalité scientifique. Mais cette idée du déni de la parole des scientifiques, c'est ce qui va mener à la perte des pays qui font ce choix, ce choix de la haine du savoir, de la méfiance vis-à-vis du travail dur des gens qui essaient de faire de leur mieux pour avoir le bon niveau de connaissance. Les gens qui vivent dans l'ignorance, qui louent l'ignorance et qui refusent de s'intéresser à ce que disent les spécialistes, sont ceux qui risquent le plus de faire prendre les moins bonnes décisions et d'amener un pays dans la tourmente.

Cela étant dit, je vous invite à ne pas soutenir cette motion, dont le but est de tout déconfiner de façon fixe, à une date précise, mais à laisser au Conseil fédéral la possibilité, tant qu'il le fait, d'écouter les spécialistes et, à travers l'expertise [PAGE 512] de ces spécialistes, de prendre les bonnes décisions au bon moment, ce que ce Parlement ne peut pas faire. Si nous jugeons que le Conseil fédéral n'écoute pas les scientifiques, que le Conseil fédéral ne prend pas les bonnes décisions malgré l'évidence scientifique, alors là le débat du Parlement est légitime. Je ne conteste pas cette légitimité. Je dis que personne aujourd'hui ne conteste le fait que le Conseil fédéral a écouté les scientifiques pour prendre des décisions. Par conséquent, nous n'avons pas de raison de lui imposer de suivre une autre route, surtout si nous espérons qu'à chaque seconde, qu'à chaque jour qui passe, les nouvelles informations sur le virus nous permettent d'améliorer la qualité des décisions que nous prenons.

Je vous invite donc à rejeter le plus massivement possible cette motion.