preparatory:AB 26099
Cuche Fernand · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2002-10-02
Wortprotokoll
En tant qu'agriculteur, je tiens à préciser que je n'aurai pas un double langage, y compris comme porte-parole du groupe écologiste. Je dirai tout simplement en introduction que nous avons le temps. Nous avons le temps parce que nous ne sommes pas dans une situation où il y a nécessité de prendre le risque se diriger très rapidement vers des innovations technologiques en matière agricole pour assurer le ravitaillement du pays. Nous avons du lait en excès - vous savez dans quelle crise se trouvent les producteurs de lait aujourd'hui; nous avons une offre légèrement excédentaire dans le secteur de la viande; pour les céréales, nous répondons amplement aux besoins de la population suisse.
Je tiens à préciser aussi que, même si le moratoire apparaît comme un frein à la recherche, il est important de répéter que les applications et le moratoire dont nous parlons ne s'appliquent pas au domaine médical. Donc les chercheurs peuvent continuer leurs recherches dans ce domaine-là.
On peut se donner du temps parce qu'à la lumière des événements récents, c'est-à-dire de ces dernières décennies, on peut affirmer que si on s'était donné un petit peu plus de temps pour traiter le problème des déchets nucléaires, peut-être qu'on ne serait pas dans l'impasse actuelle. Ne serait-ce que pour recycler les déchets issus de l'utilisation civile de l'énergie atomique, je veux dire que c'est quand même impressionnant de penser qu'après presque quarante ans d'utilisation de cette énergie, nous n'avons toujours pas - et combien de scientifiques ont travaillé sur la façon de retraiter ces déchets! - de solution satifaisante.
C'est comme à l'époque du DDT lorsqu'on disait: "C'est un produit miracle, on peut l'utiliser pour protéger les cultures." Et dix ans, quinze ans après, déjà, on a mesuré toutes les conséquences néfastes du DDT. Mais il était déjà utilisé à peu près partout en Europe, et on a fourgué nos excédents, notamment dans les pays en voie de développement.
Nous avons le temps aussi parce que la technologie génétique, en tout cas en ce qui concerne les applications dans le domaine agricole, en est à ses balbutiements. Ce qu'on nous propose, ce sont des prototypes et, j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ce débat, nous n'avons aucun intérêt sur les plans agronomique et économique à utiliser aujourd'hui des organismes génétiquement modifiés. Dans ce sens-là, je conteste les affirmations de la porte-parole du groupe libéral, Mme Wirz-von Planta. On doit dire qu'un certain nombre de scientifiques crédibles reconnaissent qu'il y a un problème avec les OGM.
Des exemples ont été cités, ç'a été le cas notamment dans l'intervention de Mme Simoneschi ce matin lorsqu'elle a parlé du maïs génétiquement modifié qui produit pendant toute sa période de végétation une toxine. Cette toxine qui entre dans le sol demeure active pendant on ne sait combien de temps; on ne sait combien de bactéries vont l'absorber; on ne sait pas comment sa toxicité va se développer au niveau du sol. On aimerait nous obliger à dire: "Il faut se précipiter. Inutile de parler d'un moratoire, on est au point. Allez-y!" Non, et j'ai eu l'occasion de le dire après la crise de l'ESB dont nous ne sommes pas sortis, nous agriculteurs, nous ne voulons pas prendre un risque supplémentaire.
On s'est aussi posé la question de savoir s'il y a un plus pour les consommateurs au niveau de la qualité nutritive, au niveau des oligoéléments, des vitamines, de la digestibilité, de l'amélioration du transit intestinal. Non, on doit objectivement reconnaître que le maïs, le soja ou la tomate génétiquement modifiés n'apportent pas un plus dans l'intérêt de la santé du consommateur. Là, j'aimerais revenir sur les déclarations de M. Frey d'hier concernant la FAO. Eh bien, j'ai lu des communiqués de presse qui émanent du directeur général de la FAO: il parle d'une arme à double tranchant; il veut des groupes de travail; il reconnaît qu'il y a des risques potentiels et qu'il est nécessaire d'ouvrir un débat.
En conclusion, le groupe écologiste vous invite à adopter le principe d'un moratoire, soit à soutenir la proposition de minorité II (Graf).
En ce qui concerne la recherche, il est important de souligner - notamment à l'intention aussi du représentant du Conseil fédéral - qu'avec l'application de la "Politique agricole 2002 (PA 2002)" où on a introduit des objectifs forts sur le plan écologique, le discours important, dominant qu'on tient aux agriculteurs, c'est: "Utilisez moins de produits de traitement des cultures." On y arrive. Avec les OGM tels qu'ils nous sont présentés actuellement, on n'a pas de diminution d'utilisation de produits toxiques afin de protéger les cultures. Dans le sens de la PA 2002, dans le sens d'atteindre des objectifs écologiques, dans le sens d'inscrire notre agriculture de façon indiscutable dans le développement durable, la recherche doit s'orienter vers le renoncement à l'utilisation de produits toxiques.
Evidemment, ça n'est absolument pas intéressant pour les firmes agrochimiques et pharmaceutiques que des centaines de milliers d'agriculteurs puissent retrouver une autonomie dans la conduite de leur exploitation agricole et se passer d'elles, qui ont quand même comme programme de faire d'abord de l'argent, et de faire de l'argent non seulement avec les semences, mais avec les produits qui accompagnent les semences ou avec des brevets qu'elles vont déposer sur le matériel vivant. C'est la mainmise sur le vivant, nous ne pouvons pas l'accepter. Votez le moratoire!
Le groupe écologiste vous demande de soutenir la proposition de la majorité.