Porchet Léonore · Nationalrat · 2020-06-04
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-06-04
Wortprotokoll
Aucun armistice n'a été signé avec un fusil. Aucun accord de paix n'a été écrit à l'aide d'une arme. La paix ne passe jamais par les armes. Les Verts ont la conviction que la promotion de la paix passe avant tout par l'aide au développement et le soutien à la démocratie et à l'emploi.
Or, l'action suisse s'éternise, actuellement dans le cadre de la Kfor, engagée depuis vingt ans au Kosovo. Vingt ans de présence militaire d'un pays neutre, là où, de l'aveu même du Conseil fédéral, il n'y a plus de conflit armé. Il est donc temps de changer de mode d'action dans ce pays.
Quel est le constat de l'action de la Kfor et de la Swisscoy ces dernières années?
Mme la conseillère fédérale Amherd a elle-même dit que la probabilité d'une reprise des violences armées était minime. Dès lors, notre présence au Kosovo ne doit pas être militaire.
Le chômage atteint 30 pour cent au Kosovo et presque 50 pour cent pour ce qui concerne le chômage des jeunes. Dès lors, notre présence au Kosovo ne doit pas être militaire.
La corruption et l'absence d'institutions judiciaires solides laissent un climat de flou institutionnel dangereux. Dès lors, notre présence au Kosovo ne doit pas être militaire.
Seuls 60 pour cent des pays membres de l'ONU reconnaissent le Kosovo. Dès lors, notre présence au Kosovo ne doit pas être militaire.
Face à ce constat, les Verts s'étonnent de la réponse du Conseil fédéral: plus de soldats et plus d'argent pour des infrastructures militaires. 40 millions de francs par année, alors que le budget d'entraide, le budget civil, qui aide donc au quotidien la population sur place, est deux fois moins doté. Il y a un sérieux problème dans l'action de la Suisse au Kosovo et c'est déplorable.
La réponse diplomatique est pourtant possible aujourd'hui plus que jamais: la Serbie demande depuis dix ans son adhésion à l'Union européenne et il est possible et nécessaire de conditionner une telle adhésion à la reconnaissance du Kosovo par les autorités serbes. En tant que pays non-membre de l'Union européenne, nous pouvons proposer nos bons offices diplomatiques.
De même, seulement 60 pour cent des pays membres de l'ONU reconnaissent le Kosovo. Si le pays ne peut pas compter sur la communauté internationale, comment peut-il se construire une identité forte et renforcer ses institutions démocratiquement? Face à cette problématique brûlante, l'envoi de troupes supplémentaires au Kosovo n'est en aucun cas une stratégie gagnante, ni même utile.
Le job est terminé, les frontières sont là et n'ont pas bougé. Depuis dix ans, le Kosovo est un Etat indépendant, l'urgence militaire est maintenant passée. Nous ne devons en aucun cas arrêter notre soutien à ce pays, mais devons repartir sur des bases en adéquation avec les besoins réels des civils et de la démocratie.
La Suisse a des moyens d'action plus efficaces que l'armée pour accompagner ce pays qui nous est cher: son attirail diplomatique et son savoir-faire institutionnel.
Le développement des instances judiciaires dans un pays où la confiance entre les politiques et la population est rompue par la corruption pourrait être un objectif de coopération avec un impact autrement plus bénéfique que la Kfor.
Les liens avec le Kosovo sont étroits et précieux. Ils méritent d'être honorés plus sérieusement que ne le fait la stratégie actuelle, car elle n'amène rien à la situation politique depuis plusieurs années.
Pour toutes ces raisons, les Verts vous appellent à voter pour la démocratie et pour les populations, en soutenant la redirection des fonds militaires vers l'aide au développement tel que le demande la proposition de la minorité I (Schlatter). Cette redirection permettrait d'échelonner le départ de la Swisscoy et ainsi de prévoir, sur deux ans, la réorganisation de l'aide au développement sur place. Si le Parlement s'obstine à maintenir un engagement militaire inutile dans un pays qui a besoin d'autre chose que des fusils, les Verts s'opposeront à cette prolongation et la refuseront.
Ayons le courage de transformer notre engagement militaire en un accompagnement social et économique. Si un tel engagement ne se fait pas, même de la part de la Suisse, le Kosovo restera un pays où la seule réponse que la communauté internationale est capable de donner est celle d'une présence de l'OTAN, qui y tient ses quartiers depuis la création de l'Etat sans perspectives meilleures pour la population [PAGE 673] locale et pour toutes les personnes qui partagent leur coeur entre la Suisse et le Kosovo.