Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · 2020-06-10
Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-06-10
Wortprotokoll
Le débat de ce jour met l'accent sur le rôle essentiel des professions infirmières dans le domaine de la santé. Il est en effet temps de mieux positionner, de reconnaître et de valoriser ces professions. Les compétences à acquérir dans le cadre de ces métiers sont variées et elles sont pointues, cela a été dit. Intégrant un savoir scientifique tout comme des capacités d'analyse, des compétences relationnelles et d'empathie, ainsi qu'un travail en interdisciplinarité - on peut le dire plus simplement: un travail en équipe - centré autour des soins aux patients, ces métiers conjuguent dimension technique et dimension relationnelle. Il est non seulement opportun, mais également légitime de respecter le travail effectué. [PAGE 468]
Es ist zwar erwähnt worden: Le personnel des soins infirmiers et le personnel de la santé en général, cela a été dit, hat mit Herz und Engagement gearbeitet.
D'ailleurs, nous avons toutes et tous pu apprécier le rituel des applaudissements en soirée. Il était bienvenu et sympathique. Aujourd'hui, il est bienvenu aussi, mais responsable, de prendre en considération la réalité de ces métiers, à savoir leur rôle déterminant pour garantir la sécurité des patientes et des patients et la qualité des soins.
Je me suis demandé ce qu'on mentionnait aux jeunes étudiants, apprentis ou élèves intéressés par le métier d'infirmier ou d'infirmière. Je me suis baladée sur le site Internet orientation.ch. Sous la rubrique "perspectives professionnelles" concernant les infirmiers et infirmières HES, il est mentionné: "De nombreux débouchés sont ouverts aux infirmiers et infirmières, tant dans les milieux publics que privés: hôpitaux et cliniques de soins généraux ou psychiatriques, homes, établissements médico-sociaux, foyers pour handicapés, services d'aide et de soins à domicile" - Spitex, cher collègue Bischof -, "centres de prévention et de promotion de la santé (Ligue pulmonaire, Ligue suisse contre le cancer, etc.), centres scolaires, grandes entreprises, organismes d'entraide internationale (CICR, Médecins sans frontières, etc.)." Un peu plus loin, il est encore précisé: "Après quelques années d'expérience et de perfectionnement, les infirmiers peuvent accéder à des postes de cadres: infirmier chef d'unité de soins, infirmier chef de service, enseignant en soins infirmiers, directeur d'établissement de soins ou d'école de soins infirmiers."
Vous en conviendrez, c'est un parcours professionnel intéressant, prometteur. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est qu'après quelques années, bon nombre de jeunes, mais également de moins jeunes, quittent le métier pour des raisons de forte diminution de la satisfaction au travail, de perte de sens, d'organisation du temps de travail inadéquat, d'épuisement professionnel. J'y reviendrai lors de la discussion par article.
Oui, les professionnels de la santé sont soumis à des injonctions paradoxales, parfois même contradictoires. D'une part, cela a été relevé, les procédures de contrôle et de limitation augmentent, mais d'autre part, il faut soigner et accompagner au mieux chaque patiente et chaque patient, ce qui contribue à une augmentation préoccupante de la souffrance au travail du côté des soignants. Dans ces situations, parler de résilience ne suffit plus.
Cette situation a un coût humain et financier. En effet, les personnes se sont investies, et là je ne parle pas d'académisation, mais je parle des personnes qui se sont engagées pendant 3, 4, 7 ou 10 ans pour décrocher un CFC, une maturité professionnelle, un diplôme ES ou, effectivement, un bachelor ou un master dans le domaine de la santé. Nous avons aussi investi pour leur formation au niveau institutionnel, que ce soit les cantons ou la Confédération. Le taux de rotation élevé n'a rien de vertueux, tandis que des aménagements en matière de temps de travail et de nombre de personnes dans les équipes de soins - soit de dotation en personnel - permettraient de remédier à cette situation.
Le niveau de qualité du système de santé suisse est élevé, c'est bien ainsi. Pour le maintenir, il est indispensable d'assurer le développement du système, et nul ne contestera que les soins jouent un rôle clé dans la qualité des prestations. Je me permets d'attirer votre attention sur le fait que de nombreuses études internationales démontrent le lien de causalité entre une dotation en personnel soignant suffisante et la qualité des soins et, à l'inverse, entre une dotation insuffisante et des événements dit indésirables.
A titre d'exemples, deux études de grande ampleur fournissent désormais des éléments complets pour la Suisse. A l'aide des données de l'Office fédéral de la statistique, le lien entre la dotation en personnel soignant, les événements indésirables et la mortalité - il faut bien le dire ainsi - dans les hôpitaux suisses a été démontré par le professeur et chercheur en sciences infirmières, Michael Simon, de l'Université de Bâle, présent aussi à l'Hôpital de l'Ile à Berne, ou encore par le professeur et économiste Michael Gerfin, qui lui est à l'Université de Berne. Les conséquences financières ont également été calculées.
Un autre projet, le projet Intercare, qui est financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, révèle que 42 pour cent des hospitalisations de résidents d'EMS sont évitables. Le renforcement des soins interprofessionnels, avec un personnel de soins dans les EMS, est un moyen essentiel d'éviter des hospitalisations, de réduire la souffrance et d'économiser des coûts subséquents, élevés, qui en découlent. Je présenterai, lorsque je défendrai ma proposition d'adjonction de l'article 39b lors de la discussion par article, quelques éléments de ces études.
Et vous l'aurez compris, je suis extrêmement favorable à l'entrée en matière et, bien sûr, aux propositions de minorité.