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de Montmollin Simone · Nationalrat · 2020-06-18

de Montmollin Simone · Nationalrat · Genf · FDP-Liberale Fraktion · 2020-06-18

Wortprotokoll

Dans une société fondée sur les valeurs libérales, les parents devraient être libres de choisir leur modèle de vie et de décider comment ils souhaitent s'organiser en matière de garde d'enfants et d'emploi. Cette liberté est pourtant très relative. Beaucoup de femmes doivent encore choisir entre carrière et maternité. Concilier vie familiale et vie professionnelle reste un défi majeur pour notre société, raison pour laquelle il faut des conditions-cadres qui rendent possible, et surtout attractif, le retour à l'emploi pour les deux parents après avoir fondé une famille. [PAGE 1066]

Mais un autre défi reste d'actualité. Celui-ci concerne plus particulièrement les femmes, que les quelques années consacrées à l'entretien de la famille pénalisent lorsqu'il est question de retrouver une situation professionnelle.

Ce postulat aborde spécifiquement cette problématique. En effet, nombreuses sont les femmes qui diminuent leur temps de travail à la suite d'une grossesse, voire qui interrompent totalement leur activité professionnelle quelques années. Nombre d'entre elles souhaitent reprendre une activité, par choix ou par nécessité. Or, plus la durée de l'éloignement du monde du travail est longue, plus les chances de retrouver un emploi diminuent, et ce indépendamment du niveau de formation. A cela s'ajoutent les conditions particulières pour les femmes qui assument des charges familiales - le pourcentage d'occupation, tout comme les horaires, sont souvent des freins au retour à l'emploi. Commence alors pour elles un long parcours semé d'obstacles. Certaines ne retrouvent tout simplement pas de solution durable ou à même de valoriser leurs expériences. Cela nuit à l'économie, qui doit pouvoir compter sur toutes les forces, mais cela nuit surtout à ces femmes pourtant engagées et compétentes.

Il faut dès lors tenir compte de cette problématique particulière. Une interruption du parcours professionnel suite à une maternité est une réalité particulière vécue par les femmes. En découlent des besoins spécifiques, en matière d'évaluation, de formation et d'orientation, pour assurer un retour en emploi rapide et durable.

C'est la raison pour laquelle des programment d'accompagnement avaient été mis sur pied, financés par la Confédération dès 1996. Jusqu'à fin 2018, la Confédération finançait ces services de consultation spécialisés par le biais de onze centres répartis dans huit cantons. Selon une nouvelle répartition des compétences, toutefois, ces services sont désormais à charge des cantons, depuis le 1er janvier 2019, et assumés par les offices régionaux de placement qui, selon l'avis du Conseil fédéral en réponse au postulat, "aiguillent les personnes souhaitant changer d'orientation professionnelle." La Confédération n'accorde plus d'aides au titre de l'article 15 de la loi sur l'égalité.

Alors, qu'est-il advenu de ces services spécialisés? Le Conseil fédéral indique que, sur les onze services, six ont trouvé un financement, trois ont cessé leurs activités et pour les deux autres la situation n'est pas claire. Le Conseil fédéral ne semble pas trouver cette situation préoccupante, mais force est de constater que ces services spécialement dédiés aux particularités des parcours féminins se sont considérablement affaiblis, alors même que les injonctions pour une représentation plus équilibrée des femmes dans la vie économique est prônée en vertu du principe de l'égalité.

Ces femmes sont parfois détentrices de diplômes universitaires, ou au bénéfice d'une solide formation professionnelle. Elles ont acquis de nombreuses compétences dans leur quotidien, bien qu'en marge d'un parcours professionnel classique, compétences qu'elles doivent pouvoir valoriser. Cela suppose une évaluation adaptée, et c'est précisément ce que ces services leur assuraient: un accompagnement pour reprendre confiance dans leurs compétences professionnelles, pour développer un réseau, et des conseils personnalisés afin de retrouver leur place dans le monde du travail, reconnues à leur juste valeur.

Selon l'article 2 de notre Constitution, la Confédération "veille à garantir une égalité des chances aussi grande que possible." Cela veut-il dire que garantir l'égalité des chances dans le monde du travail pour ces femmes qui assument au quotidien leur rôle de mère se situe au-delà du possible? Ce serait renoncer au principe du libre choix de son modèle de vie.

Ce postulat demande donc au Conseil fédéral de se préoccuper de l'avenir de ces femmes et de s'assurer que la décision qu'il a prise en déléguant cette tâche aux cantons soit réellement mise en oeuvre dans l'intérêt des personnes concernées. Il serait notamment utile de connaître les mesures prises par les cantons et leurs effets, d'obtenir un bilan de la situation pour l'ensemble de la Suisse, et pas uniquement pour les cantons où ces six services sont encore actifs.

Le PLR demande une analyse de la situation à l'échelle nationale. Elle revêt une importance encore renforcée par la crise du Covid-19, qui aura pesé particulièrement sur les femmes, et qui risque de les pénaliser doublement.

C'est la raison pour laquelle nous vous encourageons à accepter ce postulat.