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Dandrès Christian · Nationalrat · 2020-09-08

Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-08

Wortprotokoll

Ma minorité propose d'ajouter une contribution spécifique pour permettre aux hautes écoles de concrétiser le développement durable par un programme qui viserait tant le domaine académique que la gestion des institutions, le tout dans une approche interdisciplinaire et de collaboration entre les écoles.

Il est important de rappeler que le processus et les procédures qui règlent la vie des institutions académiques doivent absolument intégrer la durabilité. Nous avons effectivement de la chance, parce que nous ne partons pas de rien, certaines institutions ayant déjà parcouru du chemin. Mais, malheureusement, les hautes écoles avancent en ordre dispersé et de manière très inégale.

Le développement durable suscite un intérêt marqué de la part de la communauté universitaire et des hautes écoles. Ce ne sont pas les projets qui manquent mais le soutien spécifique pour que ces projets se concrétisent et puissent s'inscrire dans la durée. En pratique, les projets novateurs en matière de développement durable se heurtent au fait que la contribution de base destinée au financement des écoles laisse peu de marge. Une étude qui a été commandée par le WWF en 2017 met en lumière quelques failles béantes. Il apparaît tout d'abord que si les universités prennent désormais mieux en compte le développement durable dans leur stratégie générale, les hautes écoles spécialisées sont en revanche à la traîne. D'une manière générale, ces stratégies peinent à se concrétiser et, par ailleurs, peu d'universités ont mis en place un système de reporting, et aucune école spécialisée ne l'a fait. Ceci montre que le développement durable se limite pour l'instant à un concept pour une part significative du paysage académique suisse.

L'étude atteste également qu'il y a une forte volonté politique pour pouvoir mettre en oeuvre ces principes, et elle fait notamment écho aux discussions qui ont eu lieu au sein de la Chambre des hautes écoles universitaire de swissuniversities en 2019. Il y a donc des rectorats qui sont disposés à aller de l'avant, il faut pouvoir les soutenir. Le soutien ad hoc de la Confédération permettrait donc de donner une impulsion décisive, dans la logique qui est celle des contributions liées à des projets selon l'article 59 de la loi fédérale. Le soutien au développement durable est une tâche que l'Assemblée fédérale a voulu placer au coeur de son soutien financier aux hautes écoles, par cette disposition. Il s'agit, selon la loi fédérale, d'une tâche qui présente un intérêt dans le système des hautes écoles. L'Assemblée fédérale doit donc faire preuve de conséquence et mettre des moyens dans cette politique qu'elle prône. Il faut constater que cette logique de soutien par financement de projets fonctionne bien dans le système suisse des hautes écoles, où les compétences et les budgets sont parfois très imbriqués.

J'en veux pour preuve le programme "U Change", dont il a été question lors des débats au Conseil des Etats. Ce programme, qui avait pour objectif de soutenir les projets estudiantins, était doté de 2,5 millions de francs. La finalité était aussi de compléter l'enseignement dispensé dans les universités. Ce programme a bien fonctionné, 47 projets et 9 plateformes de soutien ont été financés. Mais l'impact du programme sur le fonctionnement des hautes écoles était par essence limité, et les projets ont souvent eu la durée de vie du passage des étudiants au sein des institutions, soit en moyenne trois ans.

Il faut donc faire un pas de plus avec cette demande de financement additionnel. Il ne s'agit pas seulement de permettre aux étudiants de réaliser des projets en lien avec le développement durable. Le soutien doit, cette fois, permettre aux hautes écoles de concrétiser les principes du développement durable à tous les niveaux de leur organisation et de leur activité.

En soutenant des projets pilotes, sur le fondement d'exemples concrets, il sera possible de concrétiser les principes du développement durable dans la gestion des hautes écoles, dans l'enseignement et dans la recherche. C'est donc cette étape charnière qui manque aujourd'hui pour que le développement durable ne reste pas à l'état de grand principe.

Je conclurai en relevant que les hautes écoles sont des institutions qui portent un projet de société pour la Suisse. Ces écoles forment des milliers de personnes qui contribueront à façonner la Suisse dans le futur. C'est donc aussi à ce niveau qu'il faut agir, et maintenant. En ratant le coche de ce message, nous risquons de reporter ce soutien et ce débat, au mieux, à la prochaine législature et donc de perdre quatre ans. Ce soutien de 12 millions de francs est un pas certes modeste au regard des milliards prévus par le message, mais qui permettra des changements effectifs dans le secteur très important qu'est le domaine de la formation supérieure.

Je relève enfin que ce soutien permettrait également aux hautes écoles de mieux se positionner dans les classements internationaux, qui intègrent désormais des indicateurs de développement durable.

Il y a urgence climatique. La population l'a bien compris, en particulier les jeunes qui se mobilisent pour le climat. L'Assemblée fédérale doit en faire autant et agir à chaque fois qu'elle le peut. Dans le cadre de ce message, elle peut le faire avec ce soutien modeste de 12 millions de francs que je vous invite à accepter.