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Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · 2020-09-10

Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-09-10

Wortprotokoll

Je représente une courte minorité de la Commission des transports et des télécommunications qui s'oppose au partage de mesures visant à soutenir les médias et qui considère qu'il faut voter conjointement les mesures destinées à la presse, aux radios et télévisions privées, ainsi qu'aux médias numériques. Car malgré ce qui a été dit par les rapporteurs, nous craignons fortement que, sinon, le soutien aux médias numérique soit enterré.

Si cette minorité de la commission est courte, elle relaie néanmoins la proposition de la majorité des acteurs concernés. Vous avez toutes et tous reçu lundi un appel venant de dix associations qui vous demandent de voter contre le fractionnement de l'aide aux médias et pour le renvoi en commission, avec l'objectif de renforcer la diversité du paysage médiatique et la qualité des analyses publiées. Ces dix associations représentent à la fois les éditeurs de la presse quotidienne, que ce soient les médias traditionnels ou ceux qui se définissent comme indociles, les détenteurs de radios et de télévisions privées ainsi que les associations de journalistes et les syndicats.

La crise qui touche les médias, vous la connaissez, nous en avons déjà parlé en mai dernier lorsque vous avez largement approuvé les motions de notre commission et accordé un soutien à la presse, ainsi qu'aux radios et télévisions privées. Vous avez soutenu cette aide d'urgence, mais vous avez aussi demandé au Conseil fédéral d'accélérer la présentation de son train de mesures afin d'apporter un soutien durable à cette branche, qui est confrontée à une crise profonde.

Depuis le début des années 2000, en effet, la presse a perdu deux tiers de ses recettes publicitaires. Plus de 2000 postes [PAGE 1366] de travail ont été supprimés au cours des dix dernières années, et la Commission fédérale des médias évalue que, d'ici à la fin de cette décennie, le tirage global de la presse aura diminué de deux tiers.

La volonté de payer diminue, mais pas celle de lire, indique le rapport sur les perspectives des médias. Le constat est donc clair: diminution croissante du papier versus augmentation de la lecture en ligne.

La question qui se pose aujourd'hui est donc simple: considérez-vous comme suffisant de soutenir la presse papier, un modèle qui est de plus en plus délaissé, ou souhaitez-vous contribuer au développement des médias numériques, les médias les plus lus par les jeunes, décrits par mon préopinant Frédéric Borloz comme l'avenir des médias? Par développement, je pense ici non seulement aux questions de support technique, mais aussi et surtout aux enjeux qualitatifs. Car les médias traditionnels jouissent d'une grande crédibilité, tandis que dans le domaine du numérique les défis sont majeurs. Les mises en garde de la Commission fédérale des médias sont claires: elle s'attend à ce que la confiance diminue. Elle craint que l'éthique journalistique et la qualité des médias soit négativement influencée par une trop forte pression du marché. Dans le domaine des médias numériques, elle met en garde contre le risque de manque de séparation entre les contenus publicitaires et les articles journalistiques; la difficulté d'identifier ce qui relève des analyses de journalistes critiques de celles d'influenceurs d'opinion dociles. Avec une conséquence claire: le risque évident d'une perte de crédibilité.

La crédibilité de l'information: voilà un point qui doit particulièrement nous concerner en tant qu'élus. Notre démocratie directe a besoin d'une bonne information des citoyennes et des citoyens, le menu des votations du 27 septembre en témoigne largement.

Le paquet de mesures proposé par le Conseil fédéral, et qui a été voté par le Conseil des Etats en juin dernier, vise justement à encadrer le développement des médias numériques. Il prévoit des règles claires, déontologiques, et fixe des critères calqués sur ceux appliqués à la presse. La diversité est aussi au centre des préoccupations auxquelles cherche à répondre ce projet. Parce qu'il convient de soutenir les groupes nationaux, il est aussi crucial de veiller à ce que l'information régionale et locale, qui est aujourd'hui la plus menacée, soit préservée, et ceci dans toutes les régions linguistiques du pays.

La promotion des médias en ligne est un élément central des mesures et elle est d'autant plus importante pour anticiper l'évolution des marchés et répondre aux habitudes de nos plus jeunes concitoyennes et concitoyens. La supprimer n'est donc pas concevable.

Je vous appelle ardemment à suivre la minorité qui demande le renvoi de l'ensemble du paquet.

Pour revenir sur la constitutionnalité de l'aide aux médias numériques, ce n'est pas un problème, cette question sera rapidement tranchée. Ce n'est pas une raison suffisante pour diviser le paquet. Les réponses sont déjà connues; nous avons demandé un rapport. Nous pourrons aller rapidement de l'avant, même en renvoyant ce point précis à la commission.

Je rappelle que, le 18 juin dernier, le Conseil des Etats a adopté, par 29 voix contre 9 et 3 abstentions, le paquet dans sa globalité.