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Dreifuss Ruth · Bundesrat · 2002-09-18

Dreifuss Ruth · Bundesrat · Genf · 2002-09-18

Wortprotokoll

Merci à Mme Spoerry pour son engagement et à tous ceux qui soutiennent la mission du Musée national suisse. Bien sûr, ce n'est pas un projet zurichois, vous avez raison, c'est un projet national qui mérite vraiment de recevoir les moyens de poursuivre une politique qui attire de plus en plus - et je crois que c'est vraiment très positif -, les visiteurs, les personnes intéressées, par des thèmes d'actualité ou des expositions historiques d'un grand intérêt.

Je dirai peut-être à M. Reimann que, quand on remonte assez loin dans l'histoire, il est difficile de savoir ce qui est suisse et ce qui est coeur de l'Europe occidentale. Tout au long de l'histoire, les frontières ont changé. Par exemple, l'exposition sur le purgatoire, l'enfer et le paradis était absolument remarquable sur la vision religieuse, vers la fin du Moyen Age et le passage à la Renaissance, de la vie future et des liens avec la société de cette époque. Alors, ne comprenons peut-être pas le terme "suisse" dans un sens trop étroit. Nous avons aussi été un élément d'une civilisation, par exemple médiévale, de l'Europe occidentale. Et si nous pouvons être fiers de certaines expositions aussi extraordinaires que "L'or des Helvètes", ce qui nous intéresse aussi, ce sont les échanges qui ont eu lieu à l'époque du néolithique, par exemple, ou à l'époque historique des Helvètes avec toutes les autres cultures dans la région européenne, et je suis très heureuse que cette compréhension-là du mot "suisse" soit celle de la direction du musée.

Il est vrai que l'on doit absolument donner la priorité maintenant, pour le groupe Musée suisse, au centre de Zurich, qui est dans un mauvais état et dont nous avons déjà dû fermer certaines salles pour des travaux d'entretien. Cette expérience est un peu cauchemardesque. Elle nous a montré qu'on ne pouvait pas rénover le bâtiment sans le fermer, que les collections justement, Monsieur Reimann, risquaient de souffrir des vibrations et de la poussière. Donc, dès que l'on commence sérieusement à travailler au bâtiment, il faut le fermer partiellement. C'est la raison pour laquelle je dirai que la question soulevée, celle des séquences, est essentielle.

Le Conseil fédéral a fixé une enveloppe budgétaire et nous allons nous y tenir, mais celle-ci ne dit encore rien de précis sur les séquences de ce grand chantier du Musée national. Nous devons effectivement reprendre le travail de planification pour réduire au maximum la durée de fermeture du musée, si elle devait avoir lieu; il faut voir comment assurer par un soutien statique au musée actuel qu'un chantier puisse commencer à côté de lui - parce qu'il ne faudrait pas que le chantier du nouveau musée mette en danger la construction de Gustav Gull, qui est malgré tout fragile -, pour qu'ensuite on puisse aller de l'avant et poursuivre le programme jusqu'à une ouverture solennelle de l'ensemble, de l'ancien et du nouveau bâtiment.

Je partage absolument vos soucis. Je puis vous dire que la décision que le Conseil fédéral a prise concerne le plan [PAGE 657] financier. "Wir müssen uns dann leider nach der Decke strecken", mais nous allons veiller à ce que vos indications soient réalisées le mieux possible. Je ne suis pas pessimiste: il doit être possible de prévoir un échelonnement des travaux qui corresponde à vos voeux. Vous l'avez dit vous-même, les travaux de préparation, que ce soient les travaux liés à la décision démocratique à Zurich, que ce soit maintenant l'élaboration des plans de détail avec le bureau d'architectes retenu ou l'inventaire des besoins de consolidation du vieux bâtiment, tout cela va demander du temps. Donc, nous avons devant nous deux ou trois ans, peut-être même quatre ans qui seront consacrés à ces travaux.

Nous avons le budget pour aller de l'avant. Nous avons les ressources pour entreprendre tous les travaux nécessaires pendant cette période, et nous avons aussi l'argent pour faire les entrepôts et le centre d'Affoltern. Et là, je dois dire que c'est vraiment très important de regrouper à un endroit les collections du musée, de créer les laboratoires pour faire justement le travail de conservation dont vous avez parlé, Monsieur Reimann, et qui est une des missions importantes, essentielles du Musée national. Je dois dire que sur le plan des idées, ce sera un plaisir de créer ce centre d'Affoltern. Vous savez peut-être, je le dis en passant, qu'une des idées du très imaginatif directeur du musée est qu'Affoltern soit aussi un lieu où on peut venir voir ce qu'est le stock d'un musée, ce que sont les objets, comment ils sont entreposés. Et on imagine que l'on puisse se promener le long d'une espèce de galerie de verre qui permette de voir à l'intérieur même du cerveau que représente ce musée, cette mémoire collective. Je suis persuadée que le regroupement à Affoltern dans des bâtiments, vous le savez, à usage militaire que l'on peut reconvertir ainsi, sera quelque chose de très positif. Justement, c'est un travail que nous allons faire tout de suite. Pour le reste, j'espère que nous pourrons absolument nous inspirer du bon sens dont vous avez témoigné dans votre présentation.

Monsieur Reimann, j'aimerais dire que la discussion sur la mission du musée, sur sa tâche, mais aussi sur la liberté artistique que l'on doit aussi donner dans la création des expositions - parce qu'une exposition est au fond une oeuvre d'art éphémère que l'on visite et où l'on apprend quelque chose -, fera l'objet d'un débat ici puisque nous sommes en train de préparer le message y relatif. Là, il n'y a aucun retard, contrairement à ce que vous craigniez dans votre interpellation. Je pense que vous devriez le recevoir au début de la prochaine session parlementaire. Il présentera le nouveau statut du groupe Musée suisse, puisque ce sera son nom à l'avenir. Ce sera une fondation de droit public avec un mandat de prestations qui lui sera donné par la Confédération. Elle aura donc une plus grande responsabilité et à la fois aussi une plus grande liberté dans la création de ces oeuvres d'art éphémères que sont les expositions temporaires. La mission que nous donnons à l'ensemble du groupe fera aussi l'objet d'une discussion extrêmement intéressante et utile. Je dois dire que je me réjouis tout particulièrement de pouvoir vous présenter ce message parce qu'au fond, un musée ne peut pas être tout simplement soumis à une unité administrative. Il faut lui donner les moyens d'assumer à la fois les responsabilités et la liberté que nous voulons lui donner dans un cadre qui permettra aussi d'associer Zurich aux décisions du musée.

J'aimerais d'ailleurs remercier en passant la commission du Musée national suisse qui a joué un grand rôle dans la préparation du projet de loi que nous allons vous soumettre: le projet de loi vous donnera, je crois pouvoir le dire, une vue de l'ensemble du paysage muséal de Suisse et du rôle particulier que doit y jouer le Musée national, c'est-à-dire le nouveau groupe Musée suisse. Dans ce sens-là, nous pourrons aussi reprendre cette discussion plus tard.

Je suis tout à fait sensible à votre remarque, Monsieur Reimann, que sur le plan financier, il ne faudrait pas qu'il y ait un déséquilibre entre l'ouverture du musée comme lieu de discussion et d'expositions temporaires et sa mission de conservation. Je puis vous assurer que, depuis le début, parfois avec certaines tensions, nous avons veillé à ce que cet équilibre soit absolument maintenu. Les deux vocations principales du Musée national suisse doivent être respectées aujourd'hui et dans le nouveau statut que nous entendons lui donner et que nous vous proposerons d'ici quelques semaines. Je suis persuadée que nous trouverons des solutions. Continuez à observer ce que nous faisons. Comme c'est de la compétence du Conseil fédéral, c'est à nous d'assumer cette planification. Mais plus nombreux seront les gens engagés au Parlement à jeter un regard attentif sur nos travaux, mieux cela sera.

J'ai dès lors dit tout ce que j'avais à dire à ce stade-là.

Pour formuler néanmoins une dernière remarque, je dirai qu'il y a eu quelques inquiétudes - et cela me rappelle la discussion que nous avons eue tout à l'heure - que Prangins, le siège romand du Musée national suisse, puisse, dans cette nouvelle structure que nous allons vous proposer, mais peut-être aussi à cause de l'attention dont bénéficiera maintenant Zurich après toutes les autres filiales, ne pas recevoir l'intérêt suffisant. J'aimerais assurer ici qu'il est clair qu'en acceptant le cadeau offert par les cantons de Vaud et de Genève et qu'en créant le Musée de Prangins - et vous savez que ce fut une aventure assez difficile à mener à terme -, nous avons là aussi voulu trouver un équilibre confédéral qui me paraît d'une très grande importance pour le groupe Musée suisse.

Rendez-vous à la discussion à la fois sur le message relatif aux constructions dont parlait M. Briner, et sur celui concernant le statut du Musée national suisse, dont vous serez bientôt saisis.