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Bendahan Samuel · Nationalrat · 2020-09-16

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-16

Wortprotokoll

Une chose que je me suis souvent demandée, c'est pourquoi, dans ce pays, on a tendance à plaindre davantage un millionnaire ou un multimillionnaire qui doit payer un peu d'impôts que quelqu'un qui ne gagne rien du tout mais qui doit payer ses primes d'assurance-maladie, qui représentent un pourcentage de son revenu beaucoup plus élevé. Pourquoi a-t-on plus de compassion pour les riches que pour ceux qui sont vraiment dans le besoin?

On constate aujourd'hui, si l'on regarde la croissance des revenus ou celle des inégalités, que les gens qui ont des hauts salaires ont vu ces dix, vingt, trente dernières années, leurs revenus encore augmenter massivement. Et cela, c'est sans compter l'effet de la capitalisation qui fait que celui qui détient de l'argent s'enrichit chaque année davantage. Au contraire, les gens qui ont des revenus plus bas se retrouvent non seulement à ne pas voir leurs revenus augmenter dans les mêmes proportions, mais en plus à voir leurs charges, [PAGE 1586] comme les primes d'assurance-maladie ou les frais de transports, augmenter, elles, massivement. Comment peut-on tolérer ce paradoxe et accepter que quelqu'un qui travaille peut-être un peu plus d'heures par semaine mais qui a un travail souvent beaucoup plus intéressant, soit payé 400 fois plus que d'autres personnes qui font un travail lui aussi acharné et durant de très nombreuses heures?

Aujourd'hui, quelqu'un qui gagne 20 millions de francs de salaire gagne 400 fois le salaire minimum qui est aujourd'hui, par exemple, demandé à Genève. Sachant en plus que ce salaire minimum n'est pas donné à tout le monde, puisque justement il est revendiqué, peut-on tolérer que des gens gagnent un salaire plus de 400 fois supérieur à celui d'autres personnes qui elles aussi travaillent à cent pour cent?

Avec une seule personne qui gagne 20 millions de francs et qui serait imposée à un tel niveau, nous pourrions offrir une augmentation de salaire permettant à 5000 personnes de bénéficier du salaire minimum demandé par exemple dans le canton de Genève aujourd'hui, à savoir un salaire d'un peu plus de 4000 francs. Oui, 5000 personnes en imposant une seule personne! Pourquoi plus de compassion pour une personne que pour les 5000 autres, alors que cette personne-là garde encore des millions de francs?

N'oublions pas une chose: la croissance économique a bondi aux Etats-Unis lorsque, pourtant, les taux d'imposition marginaux atteignaient près de 95 pour cent! Je ne demande pas de faire comme aux Etats-Unis, je demande moins de 95 pour cent. Mais j'estime que lorsque les salaires deviennent indécents, il est normal que la collectivité publique puisse aussi jouer ce rôle redistributif. Car malgré tous les impôts que nous avons aujourd'hui, malgré les taxes, malgré les systèmes sociaux en place, les inégalités, elles, non seulement demeurent, mais s'accentuent. Et cela montre bien qu'il faut intégrer des correctifs dans le système et faire en sorte que des gens qui ont une vie absolument magnifique financièrement puissent garder une vie magnifique financièrement - parce qu'en définitive avoir des millions ou des millions, c'est souvent la même chose -, tout en permettant à des personnes de bénéficier de prestations publiques que nous n'arrêtons pas de démanteler, par exemple avec certains projets sur lesquels nous avons à voter.

Je vous invite donc à donner suite à cette initiative et à renforcer le degré de solidarité dans notre pays, pour que les gens qui gagnent des millions puissent au moins contribuer au bien-être de la population.