Mazzone Lisa · Ständerat · 2020-09-23
Mazzone Lisa · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-09-23
Wortprotokoll
Il y a une phrase du discours que l'on vient d'entendre avec laquelle je suis totalement d'accord, c'est: "J'espère que l'on a appris des erreurs du passé." Effectivement, c'est, de mon point de vue, l'objectif de cette motion. Le fait que l'on soit en train de la traiter en ce moment, alors que, nous l'avons vu dans les titres des premières pages des journaux, les camps de Moria et de Samos sont partis en cendres, constitue une sorte de coup du sort. Avec ces cendres se sont aussi envolées la dignité humaine et notre responsabilité. Ce qu'ont éclairé ces flammes, c'est en réalité l'échec du système et de la stratégie européenne, à laquelle la Suisse a participé.
Cette motion de la Commission des institutions politiques du Conseil national avait d'abord été proposée en tant que motion urgente durant la crise du coronavirus, parce nous savions que dans une telle poudrière - qu'on avait laissé [PAGE 994] et même fait chauffer -, l'arrivée du Covid-19 allait créer une situation intenable. Intenable parce que seuls quelques membres du personnel sanitaire étaient sur place, intenable parce que, tout à coup, les migrantes et les migrants ont été bloqués dans ces camps. Evidemment, cela a abouti à la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui. Malheureusement, nous n'avons pas pris la voie accélérée, comme nous avons appris à le faire en déposant simultanément deux motions dans les deux conseils. Nous avons passé sur l'urgence, et sur l'occasion d'accélérer encore l'action de la Suisse. Le mot solidarité a beaucoup résonné durant la crise du Covid-19, mais visiblement, c'était une solidarité qui était plutôt tournée vers l'intérieur.
Entre-temps, des incendies ont été déclenchés sur les îles égéennes, à Lesbos, à Samos. De dramatique, la situation est devenue simplement tragique. Les îles égéennes sont une poudrière que l'Europe a fait chauffer. On a mis les uns sur les autres dans des camps insalubres, avec à peine quelques membres du personnel sanitaire, des dizaines de milliers de migrantes et de migrants venus chercher une protection, pour beaucoup après avoir fui des guerres ou des conflits. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants comme vous et comme moi.
Je me réjouis que le Conseil fédéral affirme, dans la réponse à la motion, qu'il partage les préoccupations exposées et qu'il rappelle que la Suisse accueille une vingtaine de mineurs non accompagnés en provenance de ces îles - c'était la situation en mai. Entre-temps et à la suite de ces incendies, dix pays européens se sont répartis ou se répartiront 400 enfants supplémentaires, et la Suisse en prendra visiblement à nouveau vingt, mais Mme la conseillère fédérale pourra nous en dire davantage à ce sujet.
Toutefois, je pense qu'il faut regarder la réalité en face: nous accueillons vingt ou quarante enfants sur 13[NB]000 personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain sans abri, sans moyens de subsistance, et qui ont perdu le peu qu'elles avaient. Je pense que ce n'est à la hauteur ni de nos capacités d'accueil, ni de notre tradition, ni de notre responsabilité. Alors certes, la Suisse participe maintenant à la construction de nouveaux camps. Mais de quoi s'agit-il? Il s'agit de camps, à nouveau entourés de barbelés, surveillés par la police et par l'armée, où l'on va placer des personnes qui viennent d'être une nouvelle fois traumatisées puisque, après le traumatisme de la migration, du parcours migratoire, elles ont subi celui de l'incendie. Cela ne peut pas être le traitement que l'on doit leur réserver. Cela ne peut pas être l'interprétation du mot "solidarité".
Oui, nous avons externalisé une partie de notre solidarité et, pour avoir bonne conscience, nous continuons d'envoyer du matériel de cuisine, des tentes, en dénigrant au passage l'action de la Grèce, ce que l'on s'attelle à faire régulièrement. Mais il faut se rendre compte de ce que nous avons fait pendant des années: nous nous sommes complètement déchargés sur les pays du Sud, en particulière sur la Grèce et l'Italie, pour la prise en charge de ces migrantes et de ces migrants, qui se trouvent dans des situations extrêmement difficiles.
De mon point de vue, le Conseil fédéral n'a pas encore répondu à la motion dont je vous rappelle les termes: "Le Conseil fédéral est chargé de s'engager au niveau européen en faveur d'une amélioration importante de la situation dans les îles égéennes. La Suisse doit par ailleurs faire elle-même preuve de solidarité en prenant des mesures en ce sens."
Nous pouvons et nous devons, de mon point de vue, encore démontrer notre solidarité. Les balbutiements actuels sont certes un premier pas dont je me réjouis, mais ils ne suffisent pas. Ce d'autant plus en ce moment où, en Suisse, - vous l'avez encore vu l'année dernière - on est en train de[NB]fermer des centres d'hébergement, faute de fréquentation.
En 2015, près de 40[NB]000 personnes ont déposé une demande d'asile. L'année dernière, elles étaient 14[NB]000. Il y a donc une baisse des demandes, on sait pourquoi et on sait de quoi cette baisse est la conséquence. Le différentiel représente davantage que le nombre de personnes qui se trouvaient à Moria: la différence entre 40[NB]000 et 14[NB]000 représente un nombre plus élevé que les personnes qui se trouvaient à Moria. On a donc les capacités d'accueil, et maintenant, on doit choisir l'option de la solidarité. Cette solidarité, de mon point de vue, ne peut pas se limiter à soutenir des enfants, mais doit aussi s'adresser aux femmes, aux hommes, aux familles qui sont dans un état de détresse à l'heure actuelle.
Pendant des années, nous avons profité d'un système de non-répartition des personnes en quête de protection, qui a le nom de Dublin. Nous avons allègrement - la Suisse l'a fait énormément - renvoyé des demandeuses et demandeurs d'asile dans des pays européens, y compris en Italie où ils se retrouvaient à la rue. On a un grand nombre d'exemples de ce type. Il s'agit d'une opération qui est à la fois coûteuse, bureaucratique et qui défie le bon sens, car elle a pour conséquence la séparation de nombreuses familles en raison des procédures administratives; c'était simplement kafkaïen, et cela l'est encore. C'est aussi ce système qui a causé la surcharge de la Grèce en tant que pays frontière.
Une des autres demandes formulées dans cette motion, c'est de mettre fin à ce système, d'en trouver un autre. Cela s'inscrit dans l'actualité européenne qui a été rappelée par le rapporteur. Là encore, j'appelle à une interprétation fidèle de la motion: "afin qu'une répartition plus juste et plus équilibrée des réfugiés soit opérée et qu'un traitement humain soit garanti à ces derniers." Dublin a été un échec. Il a permis aux pays de se délester de leurs responsabilités sur les pays frontières. Il n'a pas empêché malheureusement les morts en Méditerranée. C'est un échec parce que les liens familiaux, les liens de parenté ne sont pas suffisamment pris en compte, parce que les compétences linguistiques ne sont pas non plus prises en compte. Pourtant, ce sont des facteurs déterminant pour les personnes, pour qu'elles puissent ensuite s'intégrer et avoir accès à une autonomie financière. Or, c'est à notre avantage qu'elles aient rapidement accès à l'autonomie financière. Si elles arrivent dans un cercle familial, elles ont par conséquent beaucoup plus de moyens, de ressources.
Dublin est aussi un échec parce que, pour échapper à son tri arbitraire et absurde, des milliers de personnes disparaissent des écrans radars, y compris des mineurs, en Suisse également, avec tous les risques que cela comporte en termes de traite d'êtres humains, d'exploitation, de travail au noir, etc.
Dublin est aussi un échec parce qu'il ne prend pas en compte la capacité financière des pays, ni même leur démographie. Avec cette stratégie, comme je l'ai dit, on a continué à voir des vies humaines anonymes disparaître sous les flots de la Méditerranée.
De mon point de vue, et je trouve que cela devrait être l'interprétation des termes de la motion, les critères suivants devraient être pris en compte: la présence de proches, les compétences linguistiques, la capacité économique et la démographie des pays. Je dois dire que la projection de nouveaux camps du grand "hotspot", à grande échelle, aux frontières d'une Europe qui se barricade encore davantage, sous-traitant sa solidarité à des milices libyennes qui se rendent coupables d'ignominies, me fait craindre le pire. Je pense qu'il faut vraiment, maintenant, choisir un système qui puisse non seulement apporter une réponse européenne en termes de solidarité et de traitement humain, mais qui puisse aussi apporter une réponse à la situation que vivent ces personnes, dont on continue, malheureusement, de constater le triste destin.
Je soutiens cette motion, évidemment, mais j'en soutiens une interprétation qui soit au plus proche des mots qu'elle utilise et qui figurent dans ses termes: à savoir solidarité et humanité.