Cottier Anton · Ständerat · 2002-10-01
Cottier Anton · Ständerat · Freiburg · Christlichdemokratische Fraktion · 2002-10-01
Wortprotokoll
La triste nouvelle du décès de l'ancien conseiller fédéral Hans Peter Tschudi nous est parvenue hier matin. Il avait 89 ans.
Hans Peter Tschudi commença sa carrière politique comme député au Grand Conseil bâlois, puis fut élu au Conseil d'Etat de son canton en 1953. Il fut en charge du Département de l'intérieur. Trois ans plus tard, il fit son entrée sur la scène politique fédérale, lors d'une élection au Conseil des Etats. De 1956 à 1959, son appartenance à la Chambre haute le fit apprécier de ses collègues, et sa candidature au Conseil fédéral devint incontournable lorsqu'il fut admis que le Parti socialiste aurait droit à deux sièges au gouvernement.
Avec son élection au Conseil fédéral, le 17 décembre 1959, commença une ère nouvelle de la politique suisse. Pour la première fois, notre gouvernement fut constitué en respectant la force des groupes parlementaires. Ce fut la fameuse "formule magique". Hans Peter Tschudi était le dernier membre encore vivant du gouvernement élu en 1959.
Hans Peter Tschudi se vit confier le Département fédéral de l'intérieur qu'il dirigea pendant quatorze ans. Il laissa une profonde trace comme conseiller fédéral. Ce magistrat présenta au Parlement 50 messages relevant de la sécurité sociale.
Le ministre de l'intérieur se fit connaître par son fameux "Tschudi-Tempo", c'est-à-dire par une très grande détermination à faire progresser les assurances sociales dans un climat de forte croissance économique. Il fut le père de quatre révisions successives de l'AVS. C'est aussi lui qui proposa l'introduction des prestations complémentaires. Sous son règne, l'AVS est passée d'une assurance à caractère d'aumône à une assurance populaire garantissant l'existence d'une grande partie de la population. Et son plus grand succès politique fut l'introduction dans la constitution, le 3 décembre 1972, du principe des trois piliers conçus afin de garantir le maintien du niveau de vie antérieur des bénéficiaires.
L'assurance-maladie fut, comme il le disait lui-même, le point noir de nos assurances sociales. Ses efforts pour trouver une solution ne connurent pas le succès escompté lors d'une votation qui eut lieu quelque temps après son départ du gouvernement. Ce problème fut le plus difficile auquel ont été confrontés les titulaires du Département fédéral de l'intérieur.
M. Tschudi considérait que l'Etat social suisse puisait ses racines à la fois dans les principes d'égalité des radicaux de 1848, dans l'éthique sociale des Eglises chrétiennes et dans les mouvements ouvriers et syndicalistes, c'est-à-dire en définitive dans les trois courants politiques fondamentaux de notre Etat.
Le sort de notre système de sécurité sociale le préoccupa jusqu'au dernier jour. Il entretint d'étroits rapports avec ses successeurs. On le vit même ici au Parlement pour la session des aînés. Récemment, il fut l'un des parrains d'une initiative visant à affecter les bénéfices de la Banque nationale à l'AVS.
Encore en janvier 2000, M. Tschudi mettait l'opinion en garde en écrivant que "des tensions sociales se produiront dès que des besoins vitaux demeureront insatisfaits et que les inégalités deviendront insupportables". Gardons cet avertissement en mémoire.
Le vaste domaine du Département fédéral de l'intérieur permit à Hans Peter Tschudi de mettre son dynamisme à contribution pour d'autres tâches. L'article constitutionnel sur la protection de l'environnement fut son oeuvre ainsi que celui sur la protection de la nature et du paysage. Il fut aussi un ministre de la culture et se battit pour un engagement de l'Etat dans le domaine de la science et de la recherche.
Un humoriste a dit qu'il y avait certainement deux Tschudi, l'un appelé Hans et l'autre Peter, car un seul homme ne peut venir à bout du travail considérable effectué de 1960 à 1973 au Conseil fédéral. Il fut aussi le ministre des travaux publics qui présida à l'établissement d'un réseau routier adapté au trafic contemporain.
Par deux fois, Hans Peter Tschudi fut président de la Confédération, en 1965 et en 1970.
M. Tschudi ne fut pas un théoricien mais un pragmatique qui pratiqua l'art du consensus à la perfection et qui sut obtenir des résultats durables. Il se déclara incapable de s'intéresser aux idéologies mais si l'on regarde sa politique des petits pas, on remarque qu'elle a mené en droite ligne, et rapidement, à des objectifs parfois très lointains.
En quittant ses fonctions, Hans Peter Tschudi déclara devant l'Assemblée fédérale: "Mes efforts ont tendu au renforcement de la justice sociale, pour les défavorisés et pour les invalides, à la création d'un système d'enseignement adapté aux besoins de notre jeunesse et à l'amélioration de la qualité de l'environnement au bénéfice de toute la population."
Le peuple suisse conservera de Hans Peter Tschudi le souvenir d'un magistrat respecté et aimé qui mit toute son énergie au service du bien public. Notre pays doit beaucoup à ce grand magistrat et nous nous associons au deuil des siens.
[VS]
Der Rat erhebt sich zu Ehren des Verstorbenen
L'assistance se lève pour honorer la mémoire du défunt