Porchet Léonore · Nationalrat · 2020-12-07
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-12-07
Wortprotokoll
Les Verts vont entrer en matière et se réjouissent que nous puissions enfin débattre de cette loi, parce que nous avons assez attendu. Il a été dit que nous en avons déjà débattu dans ce conseil. Mais ce n'est pas tout. Le Conseil des Etats en a débattu il y a une année, et le Conseil fédéral nous a proposé son projet il y a deux ans. Nous avons donc assez attendu.
Nous allons aussi soutenir ce projet parce que la Suisse est actuellement une exception - une mauvaise exception - en Europe, et parce que nous devons respecter nos engagements internationaux. La convention-cadre de l'OMS a déjà été citée ici. [PAGE 2328]
Nous devons aussi accepter cette loi parce que nous souhaitons traiter avec cohérence et pragmatisme toutes les drogues. La Suisse est très permissive en matière de drogues légales, et trop restrictive en matière de drogues illégales. Ces deux situations posent énormément de problèmes. Pour les drogues légales, nous avons de la publicité presque sans restriction, notamment envers des enfants. On essaie de les pousser à fumer le plus tôt possible, parce qu'il faut chaque fois avoir de nouveaux clients. Les drogues illégales sont quant à elles uniquement envisagées sous l'angle de la répression, ce qui les laisse aux mains des mafias et fait que nous n'avons aucune prévention.
Il s'agit donc de trouver une voie du milieu avec la cigarette - ne pas l'interdire, car ce serait évidemment contre-productif, mais limiter son impact et surtout sa pénétration auprès de la jeunesse. Et ceci devrait être une préoccupation majeure pour celles et ceux qui se sont tellement démenés face aux essais-pilotes en matière de cannabis - c'est notamment à vous que je parle, Monsieur Glarner.
On a évoqué ici le fait qu'il était étrange de parler de cette loi en pleine crise du Covid. Eh bien, je ne trouve pas cela si étrange finalement, car les personnes les plus durement touchées par le Covid sont celles déjà atteintes dans leur santé, et la cigarette a un impact très grave sur la santé, détériore la condition physique des personnes et les place dans une situation de plus grande vulnérabilité face, notamment, à des maladies comme le Covid. Il y a donc urgence pour la santé. On parle de 9500 morts par an, on parle de 50 pour cent des coûts liés aux addictions, on parle de 3 milliards de francs de coûts directs par an, on parle de 4 pour cent des coûts totaux de la santé, de 2 milliards de coûts indirects, et surtout, on parle de la première cause évitable de décès dans le pays.
Donc, qui veut lutter pour la santé et contrer les coûts de la santé, eh bien, lutte aussi contre le tabac.
Il y a aussi un autre problème dont on reparlera, c'est le fait que la cigarette a un impact énorme sur l'environnement. La majorité des déchets ramassés dans les parcs, les lacs, les montagnes et les pâturages sont des mégots de cigarettes.
Il est donc plus que temps d'entrer en matière, et nous rejetterons la minorité Glarner de renvoi du projet au Conseil fédéral, parce que c'est, pour nous, une simple mesure pour retarder encore le traitement de cette loi. C'est aussi un mépris total de la réalité scientifique et sanitaire. Les produits dits de substitution ne sont que des produits d'appel pour pousser, notamment les jeunes, à se mettre ensuite à la cigarette. Le snus fait par exemple partie des produits qu'on aimerait retirer. On a prouvé que cela n'avait aucun intérêt pour arrêter la cigarette: l'addiction à la nicotine reste avec ces produits dits de substitution, et l'addiction, en soi, est un problème que nous devons combattre.
Il faut rappeler aussi que ces produits bénéficient déjà d'une règlementation différenciée, notamment en matière d'impôt. Il faut rappeler surtout qu'on ne peut pas faire confiance aux cigarettiers, qui n'ont eu cesse de mentir sur la dangerosité de leurs produits. Je ne leur fais pas non plus confiance pour ces produits de substitution.
Je vous encourage donc à entrer en matière sur cette loi et à rejeter la minorité Glarner.