AB 274078
Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2020-12-09
Wortprotokoll
Dans toutes sortes de domaines, par exemple en matière de construction, il est admis que l'entrepreneur ou le mandataire puisse présenter des factures intermédiaires au fur et à mesure de l'avancement de son travail. Pourquoi donc devrait-il en aller autrement pour les avocats qui interviennent comme défenseurs d'office, avec ou sans assistance judiciaire, donc sur la base d'un mandat de l'Etat, dès lors que le traitement de la cause s'étale sur des années?
Le Conseil fédéral l'admet lui-même, pareil versement se justifie non seulement pour des motifs d'équité - cela, c'est plutôt pour les avocats; et là, ce n'est pas une sorte de secrétaire syndical des avocats qui vous parle puisque je suis avocat -, mais aussi pour garantir une défense efficace - et là, c'est bel et bien l'intérêt des justiciables qui est en cause. En effet, une défense efficace passe aussi, dans une certaine mesure, par la rémunération du défenseur, surtout dans la phase cruciale de l'instruction, la phase préliminaire, où l'avocat joue un rôle fondamental de garant des droits du prévenu.
Pour proposer le rejet de ma motion, le Conseil fédéral invoque l'autonomie tarifaire des cantons. A tort. D'abord parce que la base d'un mandat de défenseur d'office, on la trouve en droit fédéral et non pas en droit cantonal. Ensuite parce qu'il ne s'agit pas d'une facture finale, mais d'une ou de plusieurs peut-être factures intermédiaires. Autrement dit, il ne s'agit pas de fixer définitivement un tarif, mais juste d'éviter au défenseur - pensons par exemple aux jeunes avocats, pas forcément très argentés, et même à quelques avocats moins jeunes - de faire la banque dans le fond pendant des années, notamment en avançant des débours - frais de copie, etc. - dont le montant est parfois non négligeable.
Le Conseil fédéral soutient encore que la problématique n'aurait pas été retenue par la doctrine, par les commentateurs. A tort, également. J'en veux pour preuve un article fouillé publié dans la "Revue de l'avocat", no 3/2020. Que lit-on dans cet article? Que cinq cantons - au début de l'année de l'année prochaine, cela fera six avec le Valais - prévoient la possibilité, voire l'obligation, de la part de la direction de la procédure de verser des avances à l'avocat d'office en cours de mandat, alors que onze cantons - dix l'année prochaine - ne prévoient rien dans ce sens. [PAGE 2431]
On parle aussi, dans cet article, de l'emprise de l'Etat, qui dans le fond mandate, mais qui ne paye les honoraires dus parfois que des années après. Donc il y a emprise de l'Etat sur la situation financière du défenseur, donc finalement sur[NB]son indépendance - et l'indépendance, c'est très important -, sachant de plus qu'au bout du compte l'avocat qui plaide au bénéfice de l'assistance judiciaire couvrira à peine ses charges.
Le code de procédure pénale est en révision. Si vous acceptez cette motion, vous enverrez un signal positif, et cela avant tout pour les justiciables, qui ont droit à un défenseur indépendant et efficace.