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Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · 2020-12-15

Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-12-15

Wortprotokoll

J'arrive un peu comme la grêle après les vendanges avec cette interpellation, puisqu'une grande partie du débat a déjà été menée hier. J'aimerais toutefois remercier le Conseil fédéral pour sa réponse à cette interpellation et revenir sur quelques points qui me semblent importants dans les réponses et que nous devrions garder à l'esprit. Car, un jour ou l'autre, nous reprendrons les discussions sur la politique agricole, étant donné que les problèmes sont toujours d'actualité, quelle que soit la décision que nous avons prise hier.

D'abord, un point qui me semble très important et pertinent dans la réponse du Conseil fédéral est le fait qu'il ne faut [PAGE 1372] pas confondre le taux d'autoapprovisionnement et la sécurité alimentaire. Je crois que c'est une précision qui est importante. On peut augmenter artificiellement le taux d'autoapprovisionnement sans pour autant assurer la sécurité alimentaire. D'une part, le taux d'autoapprovisionnement est exprimé en calories, ce qui ne reflète pas nos besoins réels en termes d'alimentation, ou du moins qu'en partie. D'autre part, la sécurité alimentaire dépasse de très loin cet indicateur.

Ensuite, un autre point qui me semble nécessaire de prendre avec nous dans nos bagages pour continuer ces discussions, c'est l'importance de considérer le long terme pour la sécurité alimentaire. La sécurité alimentaire peut être renforcée à court terme, et il en est de même d'ailleurs pour le taux d'autoapprovisionnement, mais il faut toujours chercher à assurer ces deux enjeux à la fois, l'autoapprovisionnement et la sécurité alimentaire, sur le long terme, et cela implique notamment de travailler pour une agriculture durable.

De plus, il est nécessaire sur le long terme de considérer les apports très importants de l'innovation. C'est une critique que l'on peut adresser au Conseil fédéral: le potentiel d'innovation n'est pas pris en considération dans les scénarios. Même si c'est probablement très difficile à faire, il est important en tout cas de le souligner dans le débat et de chercher non seulement à anticiper ce potentiel, mais aussi à l'encourager. Je profite de l'occasion pour remercier le conseil d'avoir accepté d'inscrire au budget quelques moyens supplémentaires destinés aux technologies environnementales. Les technologies environnementales ont un rôle important à jouer en matière de sécurité alimentaire pour l'avenir.

Enfin, ce que j'ai trouvé très important, c'est le fait que le Conseil fédéral reconnaisse la nécessité de considérer le phénomène alimentaire dans son ensemble. C'est aussi un des points très positifs du postulat qui a été accepté hier soir. Je pense qu'on ne peut pas considérer l'agriculture séparément de l'ensemble du processus alimentaire, et notamment pas de celui de la consommation. Les choix de consommation influencent fortement et le taux d'autoapprovisionnement et le niveau de sécurité alimentaire. Le thème du gaspillage est dans ce contexte très important. En luttant contre le gaspillage alimentaire, on renforce la sécurité alimentaire.

Nous avons eu hier un petit échange avec notre collègue Salzmann sur la question de la réduction de la consommation de viande et de son impact sur le taux d'autoapprovisionnement. J'aimerais dire ici que ma lecture de la réponse du Conseil fédéral n'est pas du tout la même ou, du moins, qu'elle ne va pas aussi loin que celle de notre collègue Salzmann. Je voudrais le rassurer à ce propos: je ne crois pas que le Conseil fédéral recommande à tous les citoyens consommateurs et citoyennes consommatrices suisses de devenir végétariens. Par contre, il souligne le fait qu'une réduction générale de la consommation de viande serait favorable à la santé et aussi au maintien d'un bon taux d'autoapprovisionnement dans notre pays. Je crois qu'une réduction de la consommation de viande en moyenne est une bonne chose, mais cela ne signifie pas que tout le monde doive devenir végétarien.

J'aimerais aussi dire que, pour moi, il est clair que dans ces questions-là les agriculteurs ne doivent pas être tenus pour responsables de tous les enjeux alimentaires. Evidemment que les consommateurs ont aussi une responsabilité importante à assumer, non seulement dans leur cadre de leur choix de consommation, mais aussi sur la question des prix des produits alimentaires et de la nécessité pour les agriculteurs d'obtenir un revenu correct - le revenu correct, tout simplement, qu'ils méritent.

Voilà, j'espère que nous tiendrons compte de ces réponses du Conseil fédéral dans la suite de nos débats, car, je le répète, le débat sur le sujet n'est pas clos malgré la décision d'hier soir. Je remercie encore une fois le Conseil fédéral de ses réponses.