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Nidegger Yves · Nationalrat · 2021-03-04

Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-03-04

Wortprotokoll

Ceux d'entre nous qui étaient déjà pubères à l'époque se rappellent encore du fameux tube de Gainsbourg et Birkin "69 année érotique". Nous allons certainement nous souvenir longtemps encore de la performance du Conseil fédéral cette année sous le titre de "2020 année rhétorique".

C'est de cette façon que j'aimerais vous proposer une lecture du rapport du Conseil fédéral sur sa politique économique extérieure. Deux thèmes me paraissent principaux. Le premier est celui de l'approvisionnement et le second celui que l'on pourrait intituler "Les très riches heures des négociations sur l'accord-cadre au temps du Brexit".

L'approvisionnement, c'est la responsabilité majeure d'un Etat en cas de crise. Le rapport du Conseil fédéral s'ouvre sur un satisfecit que notre exécutif s'accorde à lui-même, s'agissant de l'approvisionnement. C'est évidemment un peu court et appelle quelques critiques. Je rappelle que, lorsque l'Asie testait de manière systématique sa population au printemps 2020, et qu'elle laissait fonctionner les gens non contaminés grâce à un masque sur le nez, la Suisse n'avait - malgré les provisions qui étaient prévues depuis la crise liée à la pandémie de grippe H1N1 de 2010 et 2011 - pas de stocks de masques ni d'accès à des tests. Aujourd'hui, c'est la question du vaccin; ce vaccin qui ressemble de plus en plus à l'Arlésienne, ce personnage de Daudet dont tous les acteurs de la pièce parlent constamment mais que le public ne voit jamais.

Dans les deux cas, vous avez une rhétorique fédérale tout à fait impressionnante: les masques et les tests étaient considérés comme inutiles, voire peu recommandables au printemps, pour devenir obligatoires, le non-port ayant été sanctionné d'une amende dès l'automne, lorsque l'approvisionnement a été réalisé. Quant à la question du vaccin absent, la politique actuelle consiste à convaincre les éventuels réfractaires au vaccin, alors qu'il y a des queues de personnes qui souhaitent se faire vacciner et qui ne peuvent l'être, tout simplement parce que le vaccin n'est pas là. C'est une politique de communication qui ressemblerait à celle du Biafra, qui, en époque de crise alimentaire et de famine, lancerait une campagne contre l'obésité.

La question qui suit immédiatement, s'agissant de ce thème de l'approvisionnement, concerne les compétences données à la Confédération par la loi sur les épidémies, non seulement pour fermer éventuellement les terrasses des cafés de montagne et d'altitude, mais également pour procéder à des injonctions, voire à des réquisitions, s'agissant des produits de première nécessité que sont aujourd'hui les produits sanitaires, au premier rang desquels se trouve évidemment le vaccin.

La grande question est la suivante: quelle est la stratégie du Conseil fédéral s'agissant de la grande industrie suisse des pharmas, fleuron de notre économie, en période de crise et de pandémie? Il y a une chose que l'on ne peut pas reprocher au Conseil fédéral, puisqu'elle vient de l'économie privée: un très grand groupe suisse, considérant que la vaccination n'était plus actuelle et plus rentable, a vendu tout son secteur vaccin à un autre groupe à l'étranger quelque temps avant la crise sanitaire. Ce n'est pas malin, mais ce que l'on peut reprocher au secteur privé - à savoir ne pas avoir investi suffisamment dans la recherche et le développement de vaccins aujourd'hui, parce que c'est peu rentable -, on doit évidemment l'exiger de l'Etat dont le rôle est précisément de suppléer à ce que le privé ne peut pas faire, à savoir les investissements nécessaires pour conserver dans le pays une capacité vaccinale industrielle. Il y a Lonza, en collaboration avec Moderna. Il n'y a pas, que je sache, de politique fédérale qui permettrait une vaccination prioritaire des Suisses, ce qui est pourtant de la responsabilité du Conseil fédéral, par le biais de cette entreprise, par exemple.

Le deuxième thème est l'accord institutionnel, qui est perçu assez clairement par la population comme inacceptable sur son point essentiel, la reprise obligatoire des évolutions du droit européen. C'est pourtant l'essence même de cet accord. C'est la demande de l'Union européenne que nous reprenions une telle obligation. A partir du moment où on n'en veut pas, là aussi, le Conseil fédéral use de rhétorique et parle de "clarification". Mais les choses sont parfaitement claires du côté de l'Union européenne. Nous sommes allés négocier en position de faiblesse tout simplement parce que nous avons exclu, contrairement aux Britanniques, la possibilité d'un "no deal". Nous avons dit: "oui, oui mais". L'Union européenne a répondu: "il n'y a pas de 'mais'". Et donc la clarification qui est demandée aujourd'hui est de pure rhétorique. La question qui devrait se poser, et que les Britanniques ont osé aborder dans leurs débats, c'est celle de savoir ce que l'on fait en cas de "no deal". A cette question, il n'y a pas de réponse.

Moyennant cette cautèle sur la rhétorique, le groupe UDC vous recommande d'approuver cet objet.