Nidegger Yves · Nationalrat · 2021-03-09
Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-03-09
Wortprotokoll
Le groupe UDC remercie le Conseil fédéral pour son rapport de politique extérieure concernant l'année 2020 et pour l'énumération qui y est faite de tout ce que la Suisse a pu entreprendre dans différents domaines, mais il regrette l'absence de vision stratégique de la Suisse dans le monde d'aujourd'hui.
Que signifie être neutre dans un monde multipolaire dominé par un duopole conflictuel entre la Chine et les Etats-Unis? C'est le monde dans lequel nous vivons. A chaque époque, la neutralité - qui est une manière d'être utile à soi-même par le fait d'être utile au monde - doit se réinventer parce que le monde change et change à nouveau.
Il est beaucoup question du coronavirus dans ce rapport. Il s'agit évidemment d'un événement majeur qui a touché le monde entier et qui a impacté tous les domaines de la vie. C'est néanmoins un événement conjoncturel. Le virus passera ou, à tout le moins, nous nous habituerons à vivre avec lui. Cela peut éventuellement servir de fil rouge, mais cela ne remplace pas la colonne vertébrale qui manque pour savoir ce qu'est le positionnement de la Suisse dans le monde.
Entre le Traité de Vienne et la fin de la Deuxième Guerre mondiale, être neutre signifiait, aux yeux des puissances européennes, n'être dans aucune alliance militaire. La Suisse en a tiré un immense avantage en n'étant pas entraînée dans les deux guerres mondiales qui ont détruit les autres pays. Etre neutre, après la Deuxième Guerre mondiale et jusqu'à la chute du mur de Berlin, c'était offrir, dans le cadre d'une Europe et d'un monde divisés entre l'Est et l'Ouest, un lieu comme la Genève internationale pour venir y discuter du cauchemar de ces décennies, qui était la certitude d'une destruction thermonucléaire garantie à tous si quelqu'un pressait sur le mauvais bouton.
Mais que se passe-t-il ensuite? Qu'est-ce que c'est qu'être neutre aujourd'hui dans un monde multipolaire et non plus bipolaire comme il l'était par le passé, avec cette nouvelle phase de la guerre froide qui oppose cette fois la Chine aux Etats-Unis et non plus l'Union soviétique aux Etats-Unis?
A défaut d'avoir une vision claire là-dessus, on ne peut pas prioriser les choses, et cela m'amène au point particulier de nos rapports avec l'Union européenne. Cette dernière est un des pôles de ce monde moderne. Et si nous sommes neutres, nous devons l'être politiquement à l'égard de l'Union européenne. Cela signifie que ce qui pour l'Union européenne relève, dans cette proposition d'accord-cadre avec la Suisse, d'une intégration institutionnelle relève à l'inverse pour la Suisse uniquement d'une question économique et de bon voisinage. Et le fait de se faire imposer une intégration institutionnelle au détriment de notre neutralité est évidemment quelque chose qui doit être refusé, comme doit être préservée la voie bilatérale, c'est-à-dire le refus d'entrer dans une relation multilatérale avec ce pôle-là du monde, et ce pôle uniquement. En effet, une relation multilatérale nuirait à l'évidence à notre capacité de réinventer une neutralité, concept malheureusement encore absent aujourd'hui.
En raison de ce manque de perspectives ainsi que de ce manque de doctrine et de neutralité, qui restent - le coronavirus, lui, passera -, le groupe UDC vous demande simplement de prendre acte du rapport du Conseil fédéral.