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Matter Michel · Nationalrat · 2021-03-17

Matter Michel · Nationalrat · Genf · Grünliberale Fraktion · 2021-03-17

Wortprotokoll

Le 1er mars dernier, il y a donc quelques jours, la Suisse a passé le cap des 10[NB]000 personnes décédées du Covid-19. Ce chiffre, par son ampleur, est un choc et a fait la une des médias. Pourtant ce chiffre dramatique est celui, année après année, des décès liés aux suites du tabagisme. Chaque année! Et vous restez là à ne rien faire, à tourner la tête et à mettre les intérêts économiques avant la santé de la jeunesse. C'est cynique et irresponsable. En Suisse, au moins une personne meurt chaque heure des suites du tabagisme.

Je déclare mes liens d'intérêts. Je suis vice-président de la FMH, la faîtière des médecins suisses, et président de l'Association des médecins du canton de Genève.

Lorsque nous montons les marches du Palais fédéral par l'escalier de droite, nous passons sous une inscription qui est géante. Il y est écrit "Salus Publica Suprema Lex Esto", ce qui signifie: "Que l'intérêt public soit la loi suprême." Oui, c'est bien de cela que nous débattons ici: "Que l'intérêt public soit la loi suprême." C'est la base même de ce qui devrait être le coeur de notre engagement dans cet hémicycle.

Nous parlons dans ce débat de la santé, de celle des enfants et des jeunes. Est-ce trop demander à notre pays qu'il protège sa jeunesse?

Le groupe vert'libéral soutient l'initiative populaire fédérale "Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac". Cette initiative est ciblée, car il est connu que toute personne non-fumeuse à 21 ans ne commencera probablement jamais. Elle propose une protection efficace des jeunes en empêchant la publicité pour les produits du tabac, qui joue un rôle central. Un consommateur sur deux meurt prématurément, et cela il faut s'en souvenir.

L'initiative est soutenue par l'ensemble des plus importantes organisations de la santé de notre pays: l'association Médecins de famille et de l'enfance, la FMH, Pharmasuisse, la Ligue suisse contre le cancer, les sections cantonales de la Ligue pulmonaire suisse, les cardiologues, et aussi par Swiss Olympic, l'organisation faîtière du sport suisse, par les organisations de la jeunesse et celles du corps enseignant, ainsi que - et cela est fondamental - par la population. Oui, elle est soutenue par la population car, selon tous les sondages effectués, deux tiers des personnes interrogées soutiennent l'initiative. Cette volonté populaire sera exprimée dans les urnes, soyons-en sûrs. Si notre Parlement en est incapable, le peuple saura protéger les plus vulnérables, à commencer par les enfants et les plus jeunes.

Le tabagisme est mauvais pour la santé, c'est une évidence. Il provoque des maladies graves. Le tabac est addictif puisqu'un fort potentiel de dépendance lui est associé. Derrière ces maladies se trouvent des êtres humains. Au-delà des souffrances physiques, il génère des coûts indirects de 5,6 milliards de francs année après année. On dépense des milliards sans aucune notion de qualité.

La Suisse, cela a été dit, est la lanterne rouge européenne en matière de prévention du tabagisme. Notre pays n'a, à ce jour, pas ratifié la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. On l'a rappelé également: Andorre, le Liechtenstein, Monaco et la Suisse ne l'ont pas encore fait. Où est la notion de responsabilité, où est l'intérêt public?

Le Parlement ne peut se satisfaire de l'illusion que le secteur se régule de lui-même. Le tabac est un tueur redoutable. Lors des débats au Conseil national du 8 décembre 2016 portant sur le projet de loi sur les produits du tabac - c'était déjà il y a plusieurs années - l'ancien conseiller national Raymond Clottu avait osé prétendre ceci: "La publicité pour le tabac n'a pas pour objectif d'inciter à fumer, mais elle est simplement un instrument de concurrence essentiel et légitime entre les acteurs du marché." (BO 2016 N 2102) Ces propos avaient été soulignés par Bruno Pezzatti, un autre ancien conseiller national, considérant que le projet constituait une atteinte à la libre économie de marché. Des propos terribles.

Je le demande encore une fois: est-ce trop demander à notre Parlement qu'il protège la jeunesse de notre pays? Est-ce trop demander de faire de la santé des plus vulnérables un bien commun à protéger?

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