Walder Nicolas · Nationalrat · 2021-09-14
Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2021-09-14
Wortprotokoll
Taïwan est aujourd'hui le septième marché d'exportation de produits suisses en Asie, ce qui représente environ 10 pour cent du total des exportations à destination de la Chine. L'île de Taïwan est également un partenaire culturel, scientifique et académique d'importance. C'est un partenaire avec qui nous pouvons collaborer en toute confiance et avec qui nous partageons des valeurs de démocratie libérale respectueuses des droits humains, des minorités et des règles de marché qui fondent l'ordre libéral que nous connaissons en Suisse.
Par ailleurs, le monde connaît actuellement des bouleversements géostratégiques caractérisés par un bras de fer de plus en plus marqué entre les deux premières puissances mondiales. Ce bras de fer donne lieu, entre autres, à une réorganisation très rapide de nombreuses chaînes d'approvisionnement, comme par exemple la fabrication de circuits intégrés et de puces, secteur dans lequel Taïwan occupe une place centrale.
Pourtant, malgré ce potentiel de croissance dans nos relations et en dépit de l'importance de Taïwan en tant que partenaire économique et culturel de la Suisse, la stratégie du Conseil fédéral pour la Chine n'évoque qu'à deux reprises nos liens avec Taïwan, et ce de manière très alambiquée. A la page 15 de la "Stratégie Chine 2021-2024", le Conseil fédéral exprime le souhait d'une coopération technique, économique et culturelle avec Taïwan. A la page 25, il est fait mention d'une approche de collaboration pragmatique avec Taïwan et il est précisé que l'objectif est le "maintien des échanges économiques, scientifiques et culturels étroits avec Taïwan sur le plan technique". Si les relations entre la Suisse et Taïwan sont effectivement bonnes et méritent d'être préservées, de nombreux membres de la commission se sont étonnés de cette quasi-absence et ont relevé l'importance pour la Suisse de clarifier rapidement sa relation présente et future avec Taïwan.
C'est pourquoi, par 19 voix contre 6, notre commission a demandé au Conseil fédéral de compléter la stratégie pour la Chine en détaillant la façon dont il entend façonner et développer les relations entre la Suisse et Taïwan.
Toutefois, afin de ne pas contraindre le Conseil fédéral à modifier sa stratégie d'ores et déjà publiée, notre commission a opté pour un rapport séparé. D'où le postulat qui vous est soumis aujourd'hui.
Une minorité de la commission considère au contraire qu'il n'est pas opportun de rendre publique la volonté de la Suisse de renforcer ses relations avec Taïwan. Elle estime que cela pourrait irriter le gouvernement chinois et affecter nos bonnes relations. Dès lors, il convient, selon cette minorité, de ne rien dire qui pourrait fâcher la Chine et de poursuivre une relation pragmatique, qui ne dit pas son nom.
La majorité de la commission ne partage pas cet avis et considère qu'un tel rapport est plus que nécessaire et qu'il ne faut pas craindre les foudres de Pékin. De nombreux pays ont en effet rendu publique leur relation encore plus étroite avec Taïwan sans subir de sanctions particulières de la part de Pékin.
Par ailleurs, une fois cette politique devenue officielle et publique, nos liens avec Taïwan perdront en importance pour la Chine qui, ne pouvant les modifier, n'aura plus de raison de recourir à des pressions.
La commission a aussi estimé qu'un tel rapport ne remettait aucunement en question la politique de la Chine unique et allait pleinement dans le sens de la stratégie pour la Chine du Conseil fédéral, qui dit vouloir traiter les questions qui fâchent avec la Chine, tels les droits humains ou nos liens avec Taïwan, de manière plus ouverte et transparente.
C'est pour toutes ces raisons et afin de montrer à nos amis Taïwanaises et Taïwanais qu'ils méritent mieux que deux petites mentions dans un rapport de 40 pages, que je vous invite, au nom de la majorité de la Commission de politique extérieure, à soutenir ce postulat.