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Python Valentine · Nationalrat · 2021-09-22

Python Valentine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-09-22

Wortprotokoll

L'accélération du réchauffement climatique, clairement illustrée par le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat publié cet été, nous rappelle que sans un arrêt immédiat de nos émissions globales, nous atteindrons le seuil critique d'une augmentation de la température moyenne globale de plus de 1,5 degré en 2030 déjà.

D'ailleurs avec seulement un peu plus de 1 degré d'augmentation dans le système, nous avons pu apprécier cet été encore les conséquences du dérèglement climatique que cette augmentation entraîne: son coût en vies humaines, en destruction des écosystèmes, des récoltes et des infrastructures en Suisse, comme partout dans le monde. Face à ces évidences scientifiques, il est temps d'agir avec force, en prenant toutes nos responsabilités.

Dans ce contexte d'urgence, je priais, en décembre 2019, le Conseil fédéral d'étudier les moyens de réalisation d'une taxe d'incitation effective sur les transactions financières nuisibles au climat ainsi que ses possibilités d'application, cela dans le but de favoriser un développement à faibles émissions de gaz à effet de serre, bien sûr, ainsi que du financement d'une politique tant de prévention que d'adaptation aux conséquences du réchauffement climatique sur la base du principe du pollueur-payeur.

Par "nuisibles au climat", j'entends qu'ils ne doivent pas contribuer à dépasser le fameux seuil de 1,5 degré d'ici à la fin du siècle. Alors que notre marge de manoeuvre est dangereusement réduite pour respecter globalement cet objectif, est-il nécessaire de rappeler que, lors de la Convention de Paris sur les changements climatiques en 2015, la Suisse s'était engagée à rendre les flux financiers compatibles avec un développement à faibles émissions de gaz à effet de serre? Au lieu de cela, le comportement actuel des marchés financiers en matière d'investissements favorise un réchauffement de la planète qui pourrait être de 4 à 6 degrés d'ici 2100. Une telle augmentation rendrait inhabitables de nombreuses régions du monde et aurait des effets irréversibles. Elle menacerait directement même la survie de nombreuses espèces, y compris l'être humain.

Nous savons que le secteur financier suisse est responsable à lui seul de plus de 20 fois le total de nos émissions directes. Il contribue largement à faire de la Suisse le quatrième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde par habitant, si l'on prend en compte nos émissions totales, directes et indirectes, selon l'OCDE.

Notre place financière est-elle sur la bonne voie, comme certaines publicités le laissent entendre? Dernièrement, les révélations d'une ONG confirmaient que les bonnes intentions affichées par la plupart de nos institutions financières s'apparentaient encore malheureusement plus à du "greenwashing" qu'à une réelle volonté de changer de paradigme.

Dans sa réponse, le Conseil fédéral met en avant des mesures incitatives visant à récompenser les bons élèves, notamment en supprimant les droits de timbre. Outre la perte de recettes pour les finances publiques que cela entraînerait, cela reviendrait plutôt, en l'état actuel des choses, à encourager davantage le "greenwashing", car les instruments de validation du caractère durable, ou jugé comme tel, des placements sont insuffisants.

De plus, d'une manière générale, on observe encore au sein du secteur financier, public comme privé, une conception très faible de la durabilité. Souvent, un seul critère, celui du bilan CO2, est visé, laissant de côté la nécessité de lutter urgemment pour préserver les ressources et la biodiversité, alors que les objectifs sociaux du développement durable, comme la sauvegarde de la souveraineté alimentaire, l'accès à la santé et à l'éducation, sont négligés. Garantir tout cela ne serait possible que si les flux financiers étaient au plus vite détournés des investissements néfastes pour le climat, et plus largement pour l'environnement et la durabilité, au profit d'investissements réellement respectueux.

Le rejet de la loi sur le CO2 en juin dernier a également démontré la nécessité de taxer de façon ciblée les principaux responsables du réchauffement planétaire plutôt que chaque citoyenne et citoyen de ce pays de façon indistincte. De plus, les ressources financières prélevées permettraient par exemple une redistribution pour tous par le biais d'une baisse de la TVA des produits propres. Elles permettraient également une redistribution en faveur des zones les plus vulnérables face aux conséquences du réchauffement climatique, soit les régions de montagne confrontées à une augmentation importante des catastrophes naturelles, les zones agricoles et forestières les plus exposées ainsi que les villes de plaine confrontées à l'intensification des îlots de chaleur.

Dans ce contexte, je vous prie donc de soutenir ce postulat.