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Juillard Charles · Ständerat · 2022-03-02

Juillard Charles · Ständerat · Jura · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2022-03-02

Wortprotokoll

Je n'avais pas du tout prévu d'intervenir aujourd'hui dans ce débat, mais j'ai entendu des propos qui m'ont heurté. J'en avais entendu d'autres qui m'ont profondément heurté lors de débats sur les initiatives populaires sur les produits phytosanitaires et l'eau potable. Je n'ai pas d'intérêts directs à annoncer, si ce n'est que je suis petit-fils, fils et frère d'agriculteurs. J'ai vécu l'évolution de l'agriculture suisse. Je vis toujours l'évolution de l'agriculture suisse. Je ne peux pas laisser passer des propos tels que ceux que j'ai entendus sans réagir.

On parle d'améliorer la qualité de la production suisse. Est-ce que l'agriculture suisse ne fournit pas déjà des produits de qualité? C'est un comble que d'oser prétendre qu'on veut que l'avenir de l'agriculture suisse se trouve dans la qualité, comme si aujourd'hui ce n'était pas le cas. Pour arriver à cette qualité, l'agriculture suisse est l'agriculture la plus encadrée par des lois et des règlements. Faut-il encore en ajouter? Je ne suis pas du tout de cet avis.

Certes le bien-être de l'animal contribue à la qualité. Mais ce bien-être est devenu au fil du temps une préoccupation majeure des éleveurs. Je crois qu'il est important de le dire. Un témoignage, une anecdote peut-être. Mon grand-père, qui aurait 110 ans cette année, me disait déjà: "Celui qui tape sa bête, tape son porte-monnaie." Vous en tirerez les conclusions que vous voudrez. Cela signifie que le souci du bien-être de l'animal ne date pas d'aujourd'hui. D'énormes progrès ont été accomplis. Je crois qu'il faut le reconnaître.

La description apocalyptique faite par les initiants et reprise aujourd'hui par notre collègue Thorens Goumaz n'est pas celle de l'agriculture suisse. C'est une autre réalité qu'on peut trouver ailleurs, mais ce n'est pas cela l'agriculture suisse. S'il y a encore des situations inadmissibles, ce que je peux concevoir, il faut aussi savoir que les autorités s'en occupent, luttent là-contre. Même la profession lutte là-contre, avec raison, parce qu'elle a compris que cela faisait partie de son image et de la qualité des produits qui, je le répète, est bonne.

Aussi, je crois qu'il faut un peu raison garder. Je vous invite vraiment à aller à la rencontre, à l'occasion, de cette agriculture suisse, à aller visiter ces fermes. Je vous l'assure, Madame Thorens, je vous y accompagne volontiers. Pour ce qui concerne les fermes que je connais dans le Jura - Dieu sait s'il y en a, et des grandes -, vous n'aurez même pas besoin de bottes pour vous y rendre: vous verrez dans quelles conditions l'agriculture suisse travaille aujourd'hui.

Aussi, je crois qu'il ne faut pas exagérer concernant l'encadrement dans la législation. Je crois que, aujourd'hui déjà, la législation qui est applicable aux agriculteurs pour la production de denrées de qualité est suffisante. Je vous invite à recommander le rejet de l'initiative et à ne pas entrer en matière sur le contre-projet.