Nantermod Philippe · Nationalrat · 2022-03-02
Nantermod Philippe · Nationalrat · Wallis · FDP-Liberale Fraktion · 2022-03-02
Wortprotokoll
"Réduire les émoluments en matière de poursuite et de faillite" se trouve être le titre de ma motion et être un sujet qui me tient à coeur depuis l'époque où je siégeais au Grand Conseil valaisan. J'étais alors terrifié par les revenus disproportionnés des offices des poursuites et des faillites de mon canton, en me disant qu'il était inacceptable que les finances publiques valaisannes s'appuient sur les débiteurs qui n'avaient plus d'argent ou sur les petites entreprises qui essayaient de récupérer leur dû auprès de créanciers insolvables. La couverture des coûts et l'équivalence sont deux principes qui prévalent en matière d'émoluments. Lorsqu'on fixe des émoluments au niveau fédéral ou cantonal, on doit s'assurer que, pour chaque franc dépensé, il y a une prestation équivalente en retour. En d'autres termes, les émoluments ne sont pas là pour gagner de l'argent.
Madame la conseillère fédérale, j'ai bien lu votre réponse datée de 2020, dans laquelle vous me disiez d'attendre le rapport du Conseil fédéral, dont la parution était prévue pour le premier semestre 2021. Etant donné que le premier semestre 2021 ne risque pas de se reproduire de sitôt et que le rapport n'est pas arrivé, j'ai constaté que le rapport était attendu pour la fin de l'année 2021. Etant donné que nous sommes au début de l'année 2022, même gentiment bientôt au deuxième trimestre de l'année 2022, je regrette de ne toujours pas voir ce rapport sur les émoluments.
Heureusement, le Contrôle fédéral des finances a fait le travail entre-temps. Il a publié en 2021 un rapport sur cette question, où il me donne entièrement raison, de bout en bout. Il constate que les cantons font des bénéfices substantiels avec leurs offices des poursuites et des faillites. Le canton de Berne a fait 18 millions de francs de bénéfice en 2019, le canton de Fribourg 10 millions, 8 millions à Neuchâtel, 11 millions en Valais, 11 millions au Tessin, 4 millions à Soleure. Le canton qui a la marge la plus élevée est celui d'Appenzell Rhodes-Intérieures, avec une marge de près de 100 pour cent! Pour 2 francs payés à l'office des poursuites par un débiteur ou un créancier, un franc finit dans les caisses publiques! Cette situation est illégale! Oui, elle est illégale! Les offices des poursuites des cantons ne sont pas là pour financer le service de l'Etat.
Si on veut des impôts, si on a besoin d'argent public, on le prend chez les contribuables et non chez les gens endettés qui doivent payer les frais des offices des poursuites lorsqu'ils se retrouvent avec un commandement de payer. On ne le prend pas auprès d'entrepreneurs qui cherchent à encaisser des factures qu'ils ont envoyées et qui cherchent légitimement à se faire payer.
Malheureusement, le système des émoluments dans le domaine de l'office des poursuites est réglé uniquement sur le plan fédéral. C'est une ordonnance du Conseil fédéral (OELP), qui fixe exactement, au franc près, le prix d'un commandement de payer, le prix d'un extrait des poursuites. Lorsque j'étais député au Grand Conseil valaisan, j'avais demandé s'il était possible de renoncer à prélever quelques émoluments, par exemple, de renoncer à demander aux citoyens de verser les 17 ou 20 francs lorsqu'ils demandent un extrait de poursuite lorsqu'ils doivent, par exemple, signer un bail. On m'avait répondu que cela aurait été illégal et que très probablement un recours de l'Office fédéral de la justice aurait eu lieu et que, finalement, on aurait dû exiger le payement de l'émolument pour financer les caisses publiques.
Alors, je vous propose aujourd'hui cette motion, dont le fondement est confirmé entièrement par le Contrôle fédéral des finances: les offices cantonaux récupèrent de manière illicite des dizaines de millions de francs. Nous avons la possibilité, en acceptant ma motion, de demander au Conseil fédéral d'adapter l'ordonnance.
On pourrait l'adapter de deux manières différentes, qui sont proposées dans la motion: soit en abaissant de manière générale le montant des émoluments, soit en permettant aux cantons de faire des adaptations ponctuelles lorsqu'ils font un bénéfice injustifié dans le domaine des offices des poursuites et faillites. Ce serait là une petite modification, mais qui permettrait d'améliorer la vie des personnes qui malheureusement sont les plus faibles de notre société en termes de moyens financiers, à savoir les débiteurs sans argent ou les créanciers qui cherchent à se faire payer.
Pour ces raisons, je vous invite à soutenir ma motion.