Grin Jean-Pierre · Nationalrat · 2022-03-03
Grin Jean-Pierre · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2022-03-03
Wortprotokoll
L'initiative populaire "pour un climat sain", dite initiative pour les glaciers, déposée en 2019, appelle à l'interdiction totale des énergies fossiles à partir de 2050. Cette initiative va beaucoup trop loin, car elle est intransigeante et ses objectifs sont inflexibles. D'autre part, elle ne propose aucune piste pour atteindre ces objectifs. L'initiative va encore plus loin que ce qui était envisagé dans la modification de la loi sur le CO2, qui a été rejetée par le peuple l'année dernière.
La réduction des émissions de CO2 ainsi proposée ne pourra être atteinte en Suisse qu'avec l'application de mesures onéreuses et discriminatoires entre les différentes régions de notre pays. L'industrie, la mobilité et les propriétaires fonciers seront fortement touchés par les nouvelles réglementations proposées et par les mesures très restrictives pour les chauffages à énergie fossile. Il est clair que la consommation d'énergie devrait stagner, voire diminuer, mais cela dans un laps de temps réaliste, et non si court, comme le propose cette initiative.
Il est important, non seulement de considérer les effets climatiques, mais aussi d'examiner la politique climatique dans une perspective de prévoyance et dans une approche réaliste et non utopique des mesures à mettre en place. C'est surtout une acceptation par une très large partie de la population qu'il faut obtenir pour que ces mesures puissent être prises. C'est la seule façon de poursuivre une politique énergétique et environnementale durable pour la prochaine génération.
Avec cette initiative, la mobilité des habitants des régions rurales serait fortement pénalisée par rapport à celle des habitants des villes. L'agriculture subirait de fortes hausses de ses coûts de production, qui ne seraient certainement pas toujours compensées par l'augmentation du prix de ses produits. Dans le contexte socioéconomique, il me semble toutefois important de définir des mesures et des délais réalistes. Il n'est pas nécessaire de prévoir déjà des dispositions supplémentaires aux niveaux constitutionnel et législatif. Le Parlement a en effet ratifié l'Accord de Paris sur le climat en 2017 et le Conseil fédéral s'est engagé à atteindre ses objectifs en parallèle avec tous les autres pays. Vouloir instaurer, en Suisse seulement, des mesures beaucoup plus ambitieuses n'aurait qu'une influence minime au niveau mondial, mais des coûts importants qui mettraient à mal la concurrence de nos industries exportatrices.
D'autre part, nous étudions la nouvelle révision de la loi sur le CO2, de la loi sur l'énergie ainsi que la question de l'autoapprovisionnement en électricité. Gardons une certaine marge de manoeuvre pour la mise en place de ces nouvelles dispositions législatives.
Pour toutes ces raisons, je vous demande de recommander le rejet de l'initiative "pour un climat sain" ainsi que le contre-projet direct du Conseil fédéral.