Kamerzin Sidney · Nationalrat · 2022-03-03
Kamerzin Sidney · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2022-03-03
Wortprotokoll
Comme élu du canton du Valais, qui possède avec les cantons des Grisons et de Berne la plus grande surface de glaciers, j'aurais pu croire que cette initiative faussement intitulée "pour les glaciers" aurait pu être utile et bénéfique à ces géants des Alpes. Malheureusement, il n'en est rien.
Au problème de la fonte des glaciers, quelle est la réponse? Une nouvelle interdiction, l'interdiction de tout combustible ou carburant d'origine fossile à partir de 2050. Pourtant, le rejet de la loi sur le CO2 a démontré que la population ne voulait pas de nouvelles interdictions, de nouvelles sanctions, mais que c'était la voie des incitations et des encouragements qui devait être privilégiée. Or l'initiative poursuit dans la voie sans issue des interdictions et de la pénalisation.
Car ces interdictions ne sont pas de nature à arrêter la fonte des glaciers. Le raisonnement est le suivant: interdisons les énergies fossiles en Suisse, ce qui enrayerait les émissions de CO2, ce qui enrayerait le réchauffement climatique, ce qui enrayerait la fonte des glaciers. Or, le réchauffement climatique ne connaît pas de frontière. Ce n'est pas en agissant sur notre territoire limité que la fonte des glaciers serait évitée. Il faudrait bien plutôt agir au niveau international auprès[NB]des plus grands pollueurs - Etats-Unis, Chine, Russie, Inde -, en sachant que 80 pour cent des émissions de CO2 dans le monde proviennent des dix plus grands pollueurs et que la Suisse, avec moins de 1 pour cent des émissions de CO2 par année, fait partie des très petits pollueurs de la planète. Notons enfin que la Suisse fait figure de bon élève, puisque, depuis 1990, les émissions de CO2 ont diminué de plus de 14 pour cent, alors que la population a augmenté.
Fait encore plus préoccupant, la voie de l'interdiction non seulement ne contribuerait pas à éviter la fonte des glaciers, mais elle entraînerait divers périls.
Après l'abandon du nucléaire, compte tenu de la situation à l'Est qui met en danger la livraison de gaz naturel et en l'absence d'un accord sur le marché de l'électricité avec l'Union européenne, la sécurité de notre approvisionnement est mise à mal et le risque d'une panne générale d'électricité dès l'hiver prochain nous guette. Ce risque serait augmenté avec l'initiative pour les glaciers. Avec l'abandon du nucléaire, 40 pour cent de notre production annuelle d'électricité sera supprimée. Avec l'abandon des énergies fossiles, 50 pour cent de notre consommation annuelle d'énergie serait mise à mal.
La vraie réponse ne consiste pas en des interdictions, en des sanctions, mais en des incitations et des encouragements - que cette initiative ne contient pas -, et bien sûr aussi en la promotion des énergies renouvelables. Mais là encore les mêmes milieux qui soutiennent aujourd'hui l'initiative s'opposent aux grands projets d'infrastructures de production d'énergies renouvelables qui pourraient précisément remplacer les combustibles et les carburants fossiles. Prenons l'hydraulique, notamment, avec des oppositions qui durent pendant décennies: Lugnez dans le canton des Grisons, Grimsel dans le canton de Berne, etc. En Valais, de grands projets ont pour objectif de mettre à disposition 2 à 3 térawattheures supplémentaires par année. On espère que ces projets ne seront pas combattus - je veux parler de Zermatt et d'Oberaletsch, mais les procédures durent depuis 30 ans, 30 ans pour obtenir une autorisation de rehausser ou de construire un barrage.
S'agissant d'un contre-projet, la proposition Romano va dans la bonne direction, mais il faudra voir le résultat des travaux parlementaires pour déterminer si un contre-projet direct ou indirect respectueux des régions de montagne peut être présenté. Les cantons de montagne ont déjà subi des diktats, des interventions fédérales comme la lex Weber, notamment. Merci de ne pas en rajouter une couche aujourd'hui avec cette initiative populaire qui n'aurait aucun effet, qui pénaliserait la mobilité, l'agriculture de montagne et une nouvelle fois, précisément, les habitants des régions où se situent les glaciers.